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Journal de voyage

N° 13 A chacun son tour
J'ai autant de souvenirs que si j'avais mille ans
Baudelaire

Pour nous, depuis 36 ans, nous nous en sommes fabriqués des souvenirs….de voyage.
Le jour de notre mariage, Jocelyne m'a dit, je te suivrai jusqu'au bout du monde. Je l'ai prise au mot et elle a tenu parole.


Le mardi 30 / 08 / 05
Nous sommes accoudés au bastingage, à l'arrière du San Paolo et regardons s'éloigner le port de Buenos Aires. Je chante "quand te reverrai-je pays merveilleux".
Lorsqu'on est arrivé il y 11 mois, la question était : Comment allait nous recevoir et nous accueillir ces étrangers dans les pays visités ?
J'écrivais au début du journal que nous étions des marionnettes et nous verrions bien si nos ficelles allaient tenir. Pendant ce voyage Elles ont été tendu une ou deux fois mais elles ont tenu.
Nous sommes 3 camping-cars à embarquer. Les 4 personnes qui sont avec nous sont allemands. Un couple est parti pendant 5 ans et l'autre pendant 2 ans.
Les journées seront longues et nous allons nous les organiser. L'expérience du voyage aller nous sert. Une journée type.
7 h lever, douche
7 h 30 petit déjeuner
8 h promenade sur le pont
8 h 30 lecture, écriture pour Jocelyne
10 h point GPS
10 h 15 ordinateur, lecture pour Jocelyne
12 h déjeuner très copieux, varié
12 h 45 promenade sur le pont lorsque le vent le permet
13 h 30 on alterne la lecture un livre en français un livre en espagnol 15 h travail sur l'ordinateur, lecture pour Jocelyne
17 h salle de sport pendant ½ heure
17 h 30 promenade sur le pont
18 h dîner aussi copieux qu'à midi
Bavardage avec les autres passagers
19 h 30 cabine et film du soir sur l'ordinateur
Extinction des feux à 23 h environ
J'essaye de m'imaginer le prisonnier dans sa cellule avec simplement ½ heure de promenade et sa gym. Nous, nous savons que c'est juste une garde à vue provisoire de 25 jours et que cela prendra fin dans le port d'Anvers.
Jusqu'à ce jour 2 escales, Montevideo et Santos.
Quel spectacle que de rentrer dans le port de Rio, tout comme il y a 32 ans lors de notre première découverte de l'Amérique du sud. Un spectacle merveilleux pour nos jeunes yeux d'aventurier. Je sais, je me répète, mais c'est beau.
En 1988 nous ne nous y étions pas arrêtés avec le bateau "Républica de Pisa". Nous avions filé directement à Paranagua, port plus au sud du Brésil.
Il y a 1 an avec le navire "Grande Amburgo". Nous sortions de la baie avec le soleil couchant. Le soleil faisait du Corcovado et du Pain d'Asucar des ombres chinoises. Merveilleux moment. Nous avions oublié d'aller manger.
Ce soir c'est de nuit que nous arrivons à Rio. La ville est tout illuminée. Nous apercevons au fond, malgré la nuit, le christ du Corcovado qui se découpe; sur la gauche les lumières du Pain de Sucre qui est juste à l'entrée de la baie. Il faut 2 heures depuis le début de la baie jusqu'à être à quai.
L'irréel est de voir se poser les avions sur la piste juste après le Pain de Sucre. Nous avons l'impression qu'ils se posent en rasant les gratte-ciel.
Les vagues du San Paolo viennent rider l'image de l'église illuminée qui se reflète dans l'eau. La plage de Copacabana brille de mille feux.
Ce soir dans mon sommeil les noms, Ipanéma, Botafogo, Maracana chantent dans ma tête.

Le 5/ 09 / 05
Nous quittons Rio à 7 heure du matin. Nous prenons la direction de Dakar. Le temps est gris et humide
Cet après-midi nous faisons les manœuvres de sauvetage, gilets et explications nous sont données par un officier. En fin de séance le capitaine vient trinquer le verre de bienvenue et nous souhaiter un bon voyage, sans oublier de nous donner quelques consignes de sécurité. L'ambiance sur ce bateau est très différente car à l'aller, l'autre capitaine était un cul serré et un prétentieux.

Le 6 / 09 / 05
Aujourd'hui manœuvre d'évacuation du bateau. Nous montons réellement dans le canot de sauvetage de bâbord qui peut recevoir 40 personnes. Nous sommes assis et sanglés avec des harnais, comme dans les voitures de courses. L'ensemble peut être éjecté et tomber des 40 m de la hauteur du bateau. Je n'ose imaginer l'impact à la réception dans l'eau, de cette masse. On voudrait sûrement être secoué. C'est une espèce de coque complètement fermée en fibre de verre, type capsule d'astronaute. Sa couleur orange nous fait penser aussi à un gros jouet d'enfant.
Là aussi les explications nous sont données pour le comportement à avoir en cas de naufrage. Il y a des rations d'eau et de nourriture pour une semaine. Le premier jour pas d'eau, le 2ème jour un demi-litre par personne et les jours suivant 3 verres par jour. C'est tout.
Seulement, l'alerte qui est donnée par haut-parleur en Anglais de quitter le navire, le bruit sourd et répétitif de la corne de brume du bateau et la sonnerie dans les cabines suffisent déjà à nous stresser, alors en cas d'émergence l'effet doit être multiplié par 100.
Nous espérons simplement que ces consignes ne restent que des consignes théoriques et que nous n'aurons pas à les mettre en pratique.
Je profite des jours sur le bateau pour peaufiner les écrits qui deviendront peut être un jour un livre. Ils pourront aussi très bien rester dans un tiroir simplement pour nos petits enfants. Nous verrons, nous ne sommes pas encore fixés. Il y a tellement de livres sur les voyages, on a le choix. Chaque personne rencontrée en Amérique du Sud à des anecdotes à raconter. Même les personnes qui n'ont pris que les routes goudronnées. A chacun son tour et son récit.
Le bilan du voyage défile déjà dans nos têtes. Nous remercions toutes les personnes qui ont agrémentées ce voyage : Jeunes, vieux, riches, pauvres, avec grade et encore plus les sans grade, les amis d'un instant, les amis de toujours.
Chacun nous a apporté, à sa manière, un petit quelque chose de lui-même qui nous a enrichi sur le plan de la compréhension humaine. Chacun avec ses différences a pigmenté notre voyage. Dans un être il y a toujours quelque chose de positif. A nous d'en tirer le meilleur.

Ce soir après le repas nous regardons le coucher du soleil sur la Bretagne. Nous filons sur l'Angleterre, à Tilbury. Ca sent bon l'Europe.
Jocelyne descend dans cette petite ville de la banlieue de Londres, faire un tour à pied. Ce n'est pas terrible, mais ça promene.

Mercredi 21 septembre.
Depuis que nous sommes montés sur ce bateau nous demandons au capitaine de débarquer le plus tôt possible dans un port de l'Europe. Il nous a dit depuis le départ de Buenos aires que ce n'était pas possible. Il fallait descendre au port inscrit sur notre billet.
Ce matin monte sur le bateau, la douane de Emden en Allemagne. Le second officier demande pour nous la permission de descendre. L'officier de la douane me dit :
- pas de problème, vous êtes européen et cela est facile.
Après le repas de midi le capitaine nous fait appeler dans la salle de réunion et nous fait signer un papier le désengageant de la responsabilité de ses 2 passagers. Il n'est pas content. Il nous dit que ce n'était pas à nous de demander et de passer au-dessus de lui, cela ne se fait pas. Il est le maître à bord. Nous faisons les andouilles, en pensant très fort :
<< chante beau merle >>. Nous gagnons au minimum 4 jours de bateau, sinon il faudrait monter à Hambourg, décharger des voitures pendant 2 jours et redescendre sur Anvers en Belgique.
Il fait la gueule, mais cela ne nous tracasse pas.
Ici pas de douaniers. Ce port, normalement embarque ou débarque que des voitures et pas de personnes. Nous descendons du bateau. Le passage de sortie du port est relativement facile. Nous présentons nos passeports et partons sur Emden. La route est bien signalée et nous faisons 440 Km depuis la sortie du port. Nuit sur le parking d'une station service vers Koblenz.
Mauvaise nuit sur le parking. Petit déjeuner dans la station service. C'est drôle ici on paye en Euros.
Départ à 6 h 45. Longue route pour redescendre sur la Haute Savoie. Ici ce n'est pas la jungle, mais sur les autoroutes la grande foire de l'automobile et des camions.
Sur la droite un animal écrasé. Je regarde si ce n'est pas un ragondin ou une moufette. Non, simplement un chat.
18 h El Pitchi est dans la cour de la maison. Je regarde Jocelyne et lui dis c'est fini. A chacun son tour, le nôtre est terminé, je vous souhaite de vivre les mêmes aventures.
Lorsque l'on est sur un nuage on espère que ce nuage sera assez grand pour ne pas redescendre tout de suite. Sur le nôtre nous avons pu nous promener pendant un an.
Il y a eu des moments intenses, des rencontres formidables, la petite action que nous avons menée dans les 5 pays, des souvenirs très forts, des joies, des engueulades ( un couple normal ), mais nous repartirions volontiers.

Merci à tous de nous avoir suivi dans ce périple. Il est très difficile de traduire et de transcrire sur un document ses sentiments. C'est un exercice auquel nous ne sommes pas rodés. Pour nous c'était un défi de plus. De se tenir à écrire le journal était une bonne expérience. Nous espérons simplement avoir su vous entraîner dans ce merveilleux voyage et que vous avez pris du plaisir comme nous en avons eu.
Le voyage prend fin et nous allons reprendre la vie et le travail. Il n'y a pas de tristesse dans cette fin. Il faut savoir que cela est une page de notre vie. Il y en a eu beaucoup et nous espérerons qu'il y en aura encore.

Pour rêver, il suffit parfois simplement d'ouvrir les yeux.


Nos vemos


Bilan de santé :

Le camion : RAS

Pour Jocelyne : RAS même pas le mal du pays

Pour moi : RAS même pas le mal du pays
 Auteur : Clap

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