Journal de voyage
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N° 4 Le monde du bout du monde
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Le monde du bout du monde
Le voyageur ne connaît pas le pays où il va,
le touriste ne connaît pas le pays d'où il vient
Pour nous, c'est le titre emprunté au roman du Chilien Sepulveda, sur la vie dans ces contrées balayées par les vents fueguinos
Sont-ils gais parce que personne ne leur a encore dit qu'ils étaient malheureux….Comme ils ignorent encore le superflu, plus indispensable pour nous que le nécessaire, ils jouissent pleinement de l'heure présente.
Cette remarque nous nous la faisons lors notre rencontre avec un orpailleur chilien. Cela fait 25 ans qu'il vit pendant l'été dans un abri taillé dans la terre. Les murs et le toit sont en tôle de bidons redressée, le doublage et l'isolation pour les murs et le toit sont fait avec de la terre et de l'herbe. Voilà pour le dehors. Cela est des plus efficace contre le vent. L'intérieur est le plus rustique du monde, une table en bois, des batteries qui servent de cales pour la table et qui alimentent une petite télé qu'il arrive à capter car nous sommes à 30 Km en ligne droite de Porvenir au Chili.. Un tonneau sert de fourneau pour le chauffage au bois. Le bois mort ne manque pas dans ces contrées. La cuisinière est au gaz qu'il amène en bombonne de Porvenir. Au " mur "sont accrochés des calendriers de 2002 avec La publicité d'un magasin du coin, bloqué sur le mois d'août. Une fille en soutien-gorge des années 60 fait office de pin-up. Toto, la casquette qui lui sert de couvre chef vissée à demeure sur sa tête, est le maître de cette demeure. Il reste toute la saison d'été à chercher de l'or. 300 à 350 grammes par saison l'aident à vivre. L'hiver il piége les renards.
Nous sommes restés presque 2 jours avec lui. Le soir dans son palace nous faisons cuire la viande que nous avons dans le camping car. La casserole qu'il prend a un centimètre de graisse et de poussière, il me dit, qu'étant seul il ne s'en sert pas souvent. Prenant un chiffon, qui sert à tout : s'essuyer les mains, les plats, la table, la bouche après le repas, il nettoie la casserole avec l'eau que charrient les ruisseaux boueux. La casserole où on doit faire cuire la viande est percée. Il prend un morceau de fil électrique, le passe dans le petit trou de la casserole et l'écrase avec un marteau. Ensuite il met un peu d'huile, la viande, du sel et laisse au four pendant 1/2 heure. Des pommes de terre bouillies serviront d'accompagnement.
Comme dirait Hervé ( un ami de notre fil ) " faut pas y craindre ". J'en connais qui n'auraient pas mangé. Hein Vanessa !!! Nous voulons du vrai et du naturel, nous l'avons. Ce sont ces personnages que nous aimons rencontrer.
Nous passons la soirée à discuter avec lui car son aménité fait plaisir et est communicative. Toto nous raconte sa vie, son enfance. Il compense sa solitude par un flot de parole. C'est une vrai pile électrique. Il est toujours en mouvement. Mais il sait bien jouer devant la caméra. Il est plein de projets, de vendre son or pour acheter des moutons pour pouvoir vivre plus tranquillement et laisser ce travail très dur.
Le vent dehors redouble de force. Il fait 5°. Il est 23 heure et Toto retourne lâcher de l'eau pour laver sa terre. Nous sommes frigorifiés et lui, il se lave les mains tranquillement dans l'eau du ruisseau qui doit être à 3°. L'été austral n'est pas encore arrivé dans ce coin du Chili. Le jour est encore bien clair malgré l'heure tardive. Nous avons un ami Argentin Osvaldo qui nous raconte que c'est en Argentine le seul endroit au monde où ils vont en boite de nuit avec les lunettes de soleil. Ce soir ce n'est pas le soleil de minuit mais presque.
Au matin nous quittons Toto. Ce personnage si attachant et attendrissant à qui nous souhaitons que tous ses vœux se réalisent. Encore une personne qui préfère vivre ses rêves que de rêver sa vie.
Nous passons le détroit de Magellan, après un passage en douane sans problème. Cela a bien changé des années ou il fallait payer des frais d'entrée, plus un visa. Maintenant les douaniers ne montent dans El Pitchi 3 que pour voir sa configuration intérieure. Cela ne sera peut être pas vrai en Bolivie ou au Pérou. Nous verrons cela plus tard.
Nous retournons à 28 de Noviembre pendant 2 jours. C'est la fête pour le dressage des chevaux. Nous sommes comme chez nous car les gens sont curieux, étonnés que 2 Français puissent s'intéresser au dressage des chevaux. Nous ne sommes pas criollos ( né en Argentine ) mais presque.
Les présentateurs nous chambrent un peu mais tout cela reste bon enfant. Jocelyne est parente avec toutes les femmes. Elle ne peut pas s'empêcher si elle voit un bébé de parler avec la maman. Déformation professionnelle.
Le concours de Doma ( dressage ) consiste à rester 14 secondes sur un cheval qui est encore sauvage. Attention aux courbatures le lendemain. Nos amis de Rio Gallego sont très forts à ce petit jeu.
C'est la seule " doma " qui se fait de nuit. Il fait 7° avec un vent à décorner les cocus ( oui je sais et la femme qui dit " ciel, mon mari est parti sans chapeau ") Jocelyne me dit qu'il faut écrire : il fait un vent maboule, c'est plus correct. Le résultat c'est que nous sommes frigorifiés. Un des présentateurs annonce tranquillement : que le vent s'est calmé et que la soirée est agréable !!! Nous nous avons 4 pulls et avons très froid pendant qu'eux sont avec un pull et une petite veste.
Nous recherchons les personnes qui font du feu pour nous coller contre les flammes. Demain attention à l'odeur de fumée. Nous passerons 2 nuits à camper dans la ferme de Don Ruiz.
5/12/04 Nous sommes dans le parc de Torres del Paine. Pendant 3 jours nous allons roder dans le parc. Le vent doit avoir un passeport car lui aussi à passé la frontière. Les Chiliens appellent cela une brise patagonique. Le vent souffle avec des pointes à plus de 80 Km/H; il vous gifle et en plus il transporte du sable et même des petits graviers. Pour un gommage de peau il y a sûrement mieux. La force du vent vient d'agrandir de 8cm la fente que nous avons sur le pare brise. Pour manger nous tournons le camions à l'inverse du vent. Pour dormir nous cherchons un coin à l'abri.
Hier soir nous nous sommes présenté devant un pont pour aller voir les tours del Paine à Hosteria Las Torres. Nous devons rebrousser chemin car le pont fait 2m de large et El Pitchi 2,04 m. Nous passerons la nuit au pied du pont avec une vue imprenable sur les tours del Paine.
Cette journée est plus calme. Le vent est tombé et il fait même chaud 17°. Nous pouvons nous balader de long en large dans le parc. Nous nous rendons au pied des montagnes imposantes au milieu des arbustes et des orchidées sauvages qui essaient tant bien que mal de résister au vent encore froid du début de printemps.
Tout le long du chemin se dressent des arbres morts comme des vieux épouvantails. Les oiseaux se moquent de ces épouvantails fantasques et y viennent dessus, chanter le requiem pour un arbre mort. ( C'est un requiem qu'a écrit Marie Laforet pour la musique et Jacques Dutronc pour les paroles. )
Nous tentons d'approcher les guanacos de très prés, de les regarder se battrent pour garder la suprématie sur leur troupeau de femelles. Les condors qui survolent les troupeaux surveillent les petits qui sont faibles ou cherchent une charogne en se laissant porter par les courants. Les nandous par contre laissent toujours une bonne distance entre eux et nous. L'approche est beaucoup plus sportive et doit se faire contre le vent en se baissant au maximum pour éviter d'être vu. Malheureusement il y a toujours un vanneau huppé, des outardes ou des bandurias dans les environs pour donner l'alerte et faire avorter l'approche. Les nandous détallent à plus de 60 Km/h et remettent la distance de sécurité. Il faut que je reprenne l'entraînement.
L'estancia de Cerro Castillo est en train de tondre les moutons. 1800 bêtes sont en attente de se faire rafraîchir la laine. Nous passons une bonne partie de l'après midi avec les patrons et les " esquiladores ". C'est un travail très physique. Ils arrivent à tondre jusqu'à 200 moutons par jour. Le soir les tondeurs doivent être fatigués et ils n'ont sûrement pas besoin de compter les moutons pour s'endormir. Ce peuple de Patagonie, autant d'Argentine que du Chili, est vraiment charmant et très accueillant. Ils sont curieux de connaissance des autres et très ouverts.
Nous passons vers la Cueva del Milodon ( grotte du milodon, paresseux préhistorique ) à 30 Km de Puerto Natales. Nous ne sommes pas comme Chatwin et n'avons pas un morceau de la peau du milodon. Dans son livre " La Patagonie selon Chatwin ", il raconte que sa grand-mère avait un morceau de peau du milodon et que c'est ce qu'il lui a donné envie d'écrire sur cette région. Il faut payer l'entrée pour voir la grotte. Maintenant le Chili est sous le contrôle de la Conaf ( compagnie nationale forestière ) et chaque coin de terre qui est exploitable pour que le touriste paye, ils le déclarent parc. Je traduis conaf " compagnie nationale à faire du fric ", ce qui est normal après tout; mais ce qui ne l'est pas c'est que les prix sont alignés en dollars US. Ex : 25 $ pour mettre le camping car sur une place dans un camping sans eau chaude dans les douches cela fait cher le m2. Ils n'ont pas fait les prix d'après le pouvoir d'achat des chiliens mais d'après les US. Nous pensons qu'en continuant comme cela ils vont faire une sélection et les touristes iront en Argentine où cela est bien moins cher pour le moment.
8h nous embarquons sur le bateau, Magallanes, qui doit nous emmener de Puerto Natales jusqu'à Puerto Montt par les canaux de Patagonie. La déception est grande car nous avons 3 jours de pluie et nous ne voyons que du gris et de la brume. En plus l'océan n'est pas si pacifique que cela. Nous descendons quand même à Puerto Eden. Village perdu au milieu des canaux. Nous visitons ce port de 100 personnes. Village de pêcheurs de moules. Il n'y a pas de rue mais simplement des passerelles en bois qui servent à passer d'une maison à une autre. Elles servent aussi à passer sur les rochers tout au long du parcours, car les maisons sont construites le long de la cote.
A Puerto Montt nous voulons descendre par la Carretera Austral mais les renseignements que l'on me donne dans l'agence ne sont pas fiables. Le bateau de Puerto Montt à Puerto Aisen est complet, puis c'est le prix qui change, ensuite il y a encore de la place mais le prix est de 30% plus cher. Nous perdons la journée à courir. Les chiliens nous avaient habitué à plus de sérieux que cela. Enfin tout change même ici. Je pense que le tourisme leur monte à la tête. Il faut passer par la terre pour rejoindre le sud du Chili. Nous ferons 1200 km de route, alors qu'en 10 heures de bateau nous serions arrivés à Puerto Aisen.
Par la route de Puerto Montt à Osorno, d'Osorno jusqu'à Bariloche, de Bariloche jusqu'à Trevelin , ensuite de Trevelin jusqu'à Puyuhuapi et de Puyuhuapi jusqu'à Puerto Aisen, soit 1178 Km. C'est comme si pour faire Lyon Grenoble, il faudrait passer par Clermont, Bordeaux, Montpellier pour revenir à Grenoble et encore, la route est goudronnée.
A Trevelin nous nous arrêtons sur la tombe de Malacara et passons la soirée avec Clery , la petite fille de Don Evans, dans la ferme familiale. Elle nous raconte l'histoire de son grand père Gallois qui est venu conquérir la patagonie.
Malacara est le cheval qui sauva la vie de John Daniel Evans, un 4 mars 1884. Evans et ses 3 amis revenaient de la cordillère quand des indiens les ont attaqué. Evans qui était poursuivi par les indiens se trouva au bord d' une falaise de 4 m de haut. Le cheval sauta cette hauteur et Evans laissa les indiens sur le sommet et ainsi sauva sa vie. Ses 3 compagnons moururent sous les coups de lance. Ils furent atrocement mutilés. Il faut passer par Trevelin et venir rencontrer cette maître femme, qui n'a pas sa langue dans sa poche, mais qui vous fait vibrer en vous racontant la conquête de la Patagonie par ses ancêtres gallois. Elle a traduit le journal de son grand père du gallois en espagnol, et a édité en livre.
Nous repassons au Chili. Que dire de la Carretera Austral? C'est un vieux rêve comme les canaux de patagonie. Cette piste mythique qui fait 1941 Km de long, est par endroit recouverte de pierres de la vallée glacière. Par contre dans certaines portions c'est un " camino de penetracion " Pas besoin de traduire. C'est simplement une voie où les niveleuses ont enlevé le plus gros de la surface du sol. La piste laisse sortir de gros rochers par endroit. Le camion dans un virage en dévers est parti doucement ( 40 Km à l'heure ) sur des pierres rondes comme des galets dans le décors. Joce me regarde et nous attendons qu'il s'arrête. El Pitchi stoppe au bord d'un petit ruisseau de 1 m de haut. Je passe le camping car de suite en 4x4.
La moyenne est de 20 Km/h. Sûrement une très belle piste avec le soleil mais nous avons 6 jours de pluie et en plus la route est en construction. Dans moins de 10 ans elle sera goudronnée et desservira tout le sud.
Pendant ce voyage nous avons rencontré beaucoup de français, d'espagnol, d'allemand, italien voyageant en bus, en voyage organisé, en voiture, en camping car, en moto.
Nous dans notre camping car nous vibrons, sursautons, tressautons, décollons de notre siège à longueur de km. C'est le tremblement de chair. Qu'en est-il alors des cyclistes qui ont le courage d'affronter de tels cahots et eux, en plus, livrés aux éléments parfois déchaînés de la nature, du vent et de la pluie.
Nous nous arrêtons à Chacabuco, petit port du sud du Chili. Nous prenons un bateau et allons voir la Laguna San Rafael. Un glacier qui se jette dans la mer. Nous avons pendant la traversée un temps assez bon. Lors de la mise à l'eau du zodiac, pour s'approcher du glacier plus près une petite pluie fine et serrée nous glace. Nous faisons la visite engoncés dans nos vêtements, plus le gilet de sauvetage et pars dessus tout cela un ciré jaune ou orange. Nous pouvons faire la publicité pour Michelin car nous ressemblons aux bibendums. Nous sommes contents de retrouver la douceur du salon du bateau.
Par endroit, la route est bordée par une végétation très dense de rhubarbe sauvage qui peut atteindre 1,50 m de haut. Les feuilles font plus de 80 cm de large. Ce que mangeaient les indiens Mapuche ou Tehuleche. Il parait que c'est très énergétique. Nous n'avons pas goûté. Nous passons aussi dans des forets primaires ou la main de l'homme n'a jamais mis les pieds. C'est vraiment luxuriant mais la pluie gâche tout.
Nous prenons un bac pour passer et rejoindre le croisement d'El Maiten. Nous serons dans les derniers à passer par le bac car ils ont construit un superbe pont qui sera ouvert dans peu de temps. La route pour rejoindre le sud O'hhigin sera finie très rapidement à l'allure où vont les choses. Ceci est pour désenclaver le sud mais en même temps c'est pour éviter que les chiliens se ravitaillent en Argentine, ce qui est plus commode, plus prés pour eux et beaucoup moins cher.
Nous descendons jusqu'à Cochrane. Ce sera le point le plus bas pour nous de cette piste. Il reste 250 Km pour aller jusqu'à la fin de la carretera australe. Même pour ce trajet il faut des réserves de carburant. A Cochrane il y a 2 stations d'essence et l'une d'elle n'a pas de gasoil.
Les paysages sont superbes mais nous en avons assez de cette route sans animaux et surtout trop de pluie. Les villages de 400 habitants essayent de retracer leur histoire très récente avec des musées qui nous font sourire. Les objets exposés sont de 1930 ou de 1950. Nous sommes nés en 1946, un peu plus ils nous gardaient.
Pour rejoindre l'Argentine nous passons par Pasos Roballo. Nous nous présentons au poste de douane. Le gendarme argentin de service n'a même pas un feuillet d'entrée pour le véhicule. Je lui prête celui que l'on avait en double. Il nous donne pas non plus les feuillets pour pouvoir ressortir de l'Argentine. Nous verrons plus tard. C'est cela aussi l'Argentine.
Nous remontons par la route 40 que l'on affectionne. Nous allons vers Bajo Caracoles. En 1974 nous l'avons faite en 2 CV avec des gros cailloux sur la route. En 1980 avec une R12 sans roue de secours et sans cric, crevant de nuit, à 16 Km de Bajo Caracoles. Jocelyne a monté la tente avec un vent où il fallait tenir les piquets pour pas qu'elle s'envole. Nous avions les 2 enfants. Laurent 2,5 ans et Jean Paul 7 ans. Un vrai poème. La route était la même qu'en 1974. En 1988 avec El Pitchi 2 c'était un luxe. La route avait les cailloux plus petits ou c'était simplement une impression. Aujourd'hui par endroit la piste est large et roulante. Le camping fait des pointes à 100 Km/h sur cette piste. J'aime quand El Pitchi 3 donne l'impression de ne pas toucher la piste. Il faut simplement prévoir et anticiper ce qui va arriver car à cette vitesse sur les gravillons, il ne s'arrête pas comme une simple voiture.
Il faut aussi se dépêcher de faire cette 40 à l'ancienne. Ils construisent une route goudronnée. Cela perdra de son charme. L'Argentine avance et le goudron aussi. Le président de la république est de la province de Santa Cruz et peut être que cela aide aussi à l'avancée du goudron. Tant mieux car la route entre Bajo Caracoles et Perito Moreno est un enchantement de couleurs, de formes. J'aime ce qu'a fait la nature car elle n'a copié sur personne. Celui qui était chargé de mettre les couleurs à la terre à laisser une de ses palettes de peinture dans cet endroit.
Il y a des canyons de 400 m de profondeur où nous attendons à chaque instant de voir surgir les indiens. Las cuevas de la Manos ( grottes avec des mains peintes, voir photos ) est justement dans un de ces canyons. Cet endroit datant de 9300 ans, prè-Tehuleche, dans le Rio Pinturas est encore plein de mystères.
25/12/04 Papa Noël à trouve nos chaussures près de Rio Chico. Dans certaines contrées c'est Saint Nicolas, au Chili c'est le Viejo Pascuas ( le vieux des fêtes ). Pour nous il reste Papa Noël sauf qu'il n'y a pas de sapin ni de neige. Simplement des peupliers et je vous jure que c'est du luxe en patagonie. Sur le chemin ou ne sont passé aucune voiture en 24 h nous rencontrons une camionnette avec 4 personnes à bord. Ce sont des personnes qui gardent une ferme de 4000 moutons. Ils avaient peur que l'on chasse sur leurs terres.
Comme il n'en n'est rien ils nous invitent à manger l'assado ( viande mouton grillé ). Nous resterons avec eux 1 jour complet à refaire le monde. Jorge est un fameux conteur d'anecdotes et nous fait vraiment rire avec ses histoires. Le lendemain une cuisse d'autruche à la braise nous attend. Un vrai régal.
Nous ne sommes pas pressés mais nous devons les quitter à regret. Nous avons l'impression de les connaître depuis toujours. Que de bons souvenirs nous allons garder de ce couple et de leurs 2 enfants, si attentionnés et simples. Je m'entends très bien avec Jorge car il a la même qualité que moi : pas de défauts. Je pense que de rester avec des personnes comme cela pour filmer les autruches, les guanacos ou les viscachas ( vison sauvage ) cela vaut tous les livres de sciences nat. Ce sera pour le énième voyage.
Nous couchons toujours dans le campo, loin de toute agitation et du bruit. La Patagonie c'est 800000 Km2 et 1 800 000 habitants. Cela laisse de l'espace libre pour dormir dans le calme. Ce sera très dur de retrouver dans 5 jours Trelew avec le bruit des voitures et des chiens.
Ce matin, 8 heure, nous sommes réveillés par une voiture qui s'arrête à 20 m d'El Pitchi. 2 hommes en descendent. Un autre arrive à cheval. Ils discutent prés de la voiture. Nous nous levons et déjeunons tranquillement. Pendant que Joce fait la vaisselle je vais les voir pour savoir ce qu'il veulent. Le même refrain. Ils regardent si nous ne sommes pas des voleurs de bétail ou des chasseurs. Le plus souvent ce sont les policiers ou les gens du gouvernement qui chassent les guanacos où les autruches et blessent parfois les moutons. Ils ont calmé le chien. L'atmosphère est plus détendue qu'au début. Je discute un bon moment avec eux. Celui qui à le cheval nous invite chez lui à boire le maté. Es cerquita ( c'est très prés )
Attention en Argentine très prés ça ne veut pas dire la même chose qu'en France. Une fois un ami nous a dit : Venez me voir, j'habite à Général Alvear à coté de Mendoza. Nous sommes allé à Mendoza mais en fait c'était à 220 Km au sud de Mendoza et nous sommes redescendus de 220 Km à Général Alvear. Le détour faisant un total de 440 Km.
Cela ne se refuse pas d'aller boire le maté. Nous faisons 5 Km. C'est vrai que c'est cerquita. Ils vivent dans une maison de pisé comme à l'ancienne. Pour téter la bonbilla du maté Jocelyne se met toujours après moi, comme cela c'est moi qui essuie les plâtres si on peut dire. Aujourd'hui elle prend le maté avant moi. Malgré le sol de terre battue et le soleil qui tape très fort aujourd'hui, c'est très propre. Il veulent nous garder pour que l'on mange l'asado. Nous refusons poliment car nous devons partir sur Trelew. Nous prenons des photos de la famille que nous leur enverrons.
Nous passerons le 31 avec nos amis à Trelew. Pendant 15 jours nous restons avec eux et en profitons pour régler les petits détails du camping car. Nous profitons aussi de cet arrêt pour faire le tour de tous nos autres amis. Il fait 38°. Pour dormir nous ouvrons les fenêtres et fermons les 3 moustiquaires. Le concert des chiens du quartier tape parfois sur les nerfs. Les chiens argentins ne dorment donc jamais?
Nous retrouvons Thilo et famille et passons 2 jours ensemble. Eux partent au sud et nous au nord. Nous nous retrouverons en février au Chili.
Nos vemos mas tarde
Bilan de santé :
Le camion : une crevaison,
Pour Joce : RAS
Pour moi : une dent de sagesse en moins
Le Chili est plus cher que l'Argentine d'environ de 30% .
Voici une liste des prix pour le sud du Chili
Essence 0,80 €
Camping une nuit 2,5 € à 25 €
Douche dans le camping 2 €
Nuit d'hôtel 160 €
Un hôtel classe 300 €
Petit déjeuner de 5 à 2 € pour 1 personne
Entrée musée de 1 à 5 €
Entrée Parc de 14 €
1 heure d'Internet 1,50, €
Un litre de lait 0,86€
Un kg de viande 2,0 à 5,60 €
12 œufs 1,35 €
Empanada 0,70 € chausson à la viande
Beurre 250 gr 0,60 €
Poulet cuit 10 €
Poulet à cuire 5 €
1 Kg de tomates 0,80 €
1 Kg de haricots 0,77 €
Une baguette de pain 0,45 €
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Le monde est un livre, et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page".
Saint Augustin
Pour nous, nous avons dépassé un peu plus de la moitié du livre, Cependant, nous espérons qu'il nous reste encore pas mal de chapitres à lire.
13 / 01 / 05 Cela fait plus d'une heure que nous roulons, laissant la ville de Trelew et les amis derrière nous. Comme d'habitude ces bons moments resterons gravés pour longtemps dans nos mémoires.
Nous avons fait des provisions car nous allons passer 5 jours dans le campo. Nous passons la 1ère nuit prés de Dique Ameghino. Il est loin le temps ou nous pouvions chasser ici prés du barrage. Maintenant c'est un village de plus de 100 habitants bien structuré.
Nous avons rendez-vous avec Daniel, une personne de notre connaissance, pour aller dans le campo de ses parents, des descendants d'indiens Mapuche à 350 Km de la station d'essence de Las Plumas.
Apres avoir laissé la route goudronnée de Las Plumas, nous prenons la piste N° 59 pour nous rendre dans le campo. Ce ruban de pierres que l'on voit à perte de vue est simplement coupé par endroit par des mesetas. Ces montagnes si particulières de la Patagonie tracent des lignes horizontales dans le ciel.
Sitôt arrivés dans la cour, les chiens s'en donnent à cœur joie contre les roues d'El Pitchi. Je ne sais pas pourquoi mais dans le monde entier, les chiens courent et aboient après les véhicules lorsqu'on passe. De même ils urinent contre les roues à l'arrêt. Je sais, le contraire serait plus difficile.
Nous passons 4 jours dans cette famille. Les oncles nous emmènent
" cerquita ", 22 Km, dans leur campo, par des pistes où le 4x4 est bien nécessaire. El Pitchi III se débrouille comme un chef. Il passe les guets et remonte les lits de rivière tranquillement. Nous cherchons des pointes de flèches. Enrique, se rappelle très bien du " picadero ", endroit où ses parents les taillaient. Ils nous montrent aussi une tombe de ses ancêtres. Un amas de cailloux comme pierre tombale et une roche taillée en guise de stèle.
Pendant ces 4 jours, la nourriture est très variée. Mouton le midi, mouton le soir, avec des salades. Chèvre à midi, cabri le soir, cuit avec la peau, avec des salades. Pour eux, ils boivent le maté le matin et vers 9 heure ils mangent un peu de mouton froid. Pour nous pas de problème, nous aimons le mouton, mais nous resterons classiques au moins le matin, café au lait.
Le soir la musique typique est au rendez vous. Daniel joue d'un petit accordéon et Carlos de la guitare; 4 jours d'une richesse et d'un échange de culture et d'amitié.
Les 2 personnes autochtones, nous racontent leur enfance, avec leurs rites, leurs vies très dures. Maintenant ce n'est guère mieux. Les maisons sont très rudimentaires. Il n'y a pas d'électricité. L'eau courante est dans la cour avec un simple tuyau d'arrosage. La promiscuité des animaux et des êtres humains engendre encore plus l'insalubrité du lieu.
Ils parlent encore un peu le Mapuche. Ils s'appellent Enrique et Guillermo, comme si leurs parents avaient subi l'influence du catholicisme ou s'ils avaient voulu oublier leur appartenance a cette descendance d'indiens. En fait Guillermo est plus Tehuelche que Mapuche, car il est très grand et costaud.
Le soir, le ciel est superbe et nous regardons la croix du sud. Pour les Mapuches, la croix du sud s'appelle la patte d'autruche. Pour les indiens Tehuelches c'est leur paradis. Pour nous aussi c'est un peu le paradis.
Aujourd'hui nous partons à pied avec le père de Daniel, vers une montagne qui " culmine " à 1100 m pour trouver de belles pierres. Ici ou là nous pouvons trouver, en Patagonie, des morceaux d'agate, d'améthyste, de jade, d'opale, d'obsidienne ou d'hématite. Nous redescendons pour le repas de midi, bredouilles, mais un bon asado nous attend !!! La mère de Daniel à fait des tortas fritas. De la farine, de l'eau et du gros sel. Une fois que la pâte est bien lisse, elle découpe des morceaux carrés qu'elle fait cuire dans une bassine d'huile. Ces tortas fritas accompagnent souvent les repas dans les fermes.
Enrique et Guillermo restent fiers de leurs origines mais ils savent en même temps s'ouvrir aux autres. Pour eux pas de ressentiment contre les descendants des colonisateurs.
Les Mapuches que nous avions rencontré en 1988, prés de Cushamen, ne voulaient pas être filmés pendant leur fête " Le camaruco ". Le Cacique, chef du clan, Florentino Nahuelquir, nous avait fait reculer à 400 m du centre de la Fête, par un " ni de prés ni de loin vous assisterez à cette fête ". Il nous l'avait fait dire, la veille au soir, au coucher du soleil, par 10 de ses cavaliers lance au poing, entourant le camping car. Maintenant ils font de la pub à la télé chilienne, se déguisent et ouvrent des bars. Cette fête sacrée, le camaruco, qu'ils faisaient pour faire venir la pluie et avoir de bonnes récoltes, est aujourd'hui faite pour les touristes Tout change. Mais maintenant, ni de prés ni de loin nous n'irons la voir !!!
Nous quittons ces familles et nous reprenons notre route, pour rejoindre El Maiten. Village dans la cordillère des Andes.
Lorsque nous traversons ces grandes étendues de terre semi-aride, l'esprit vagabonde, et nous avons toujours une pensée pathétique pour cet illuminé extravaguant de Périgueux, Orllie Antoine de Tounens. Il voulait que cette partie du monde soit terre française. Il essaya de rejeter les Argentins et les chiliens hors de ces terres en se proclamant Orllie 1er roi de Patagonie. Il est mort dans l'indigence et l'indifférence totales dans un hôpital public en France.
Quand je travaillais au gouvernement des eaux potables ( en 1973 ), je suis venu au Maiten pour un mois. Dans un petit village au fond de l'Argentine, quand un français rencontre un autre français, que se disent-ils? Cela fait plus de 30 ans que nous revenons de temps à autre rendre visite à cette famille.
Nous retrouvons La famille Trotta. Comme à chaque rencontre avec Jean et Elie c'est un plaisir de se retrouver et de refaire le monde comme nous aimerions le voir vivre. Nous prenons la sempiternelle photo sur les escaliers devant la maison. Avant c'était avec les enfants et maintenant c'est avec les petits enfants. Tout change.
Nous passons 4 jours, à parcourir du Maiten avec son train si typique, Lelequé avec son musée patronné par Beneton, El bolson avec sa foire artisanale et sa bière, Lago Puelo avec son lac, jusqu'au village de Cholila avec la maison de Butch Cassidy.
La " Trochita " est le nom donné au vieux train qui relie maintenant El Maiten à Esquel. En 1973, j'ai pris ce train entre El Maiten et Jacobacci pour filmer une partie du trajet. C'était un train pour le transport de la laine et des passagers. Un autre train, celui qui venait de Jacobacci m'a alors attendu à Norquico pour que je puisse revenir le même jour au Maiten. Cela est impensable de pouvoir faire comme cela, mais en Patagonie tout est possible.
Dans les wagons, les sièges sont en bois, et il y a un poêle à bois qui sert pour chauffer l'hiver. A cette époque, le fourneau fonctionnait aussi l'été mais c'était simplement pour faire chauffer l'eau du maté.
Une poignée de passionnés essaye de faire vivre le vieil express de la Patagonie. Maintenant c'est le train des touristes et il y a même une fausse attaque exécutée par des figurants lorsqu'il arrive vers Esquel. Ici aussi tout change.
Pour arriver au Maiten en venant depuis Esquel nous sommes obligés de passer sur les terres des Benetons. Plus de 900000 Hectares de terre et environs 300000 moutons. Ils entretiennent sur les 3 Provinces, de Neuquen, du Chubut et de Santa Cruz des petits villages entiers où ils ont bâti des écoles, des postes sanitaires, acheté des camions citernes pour les pompiers. Une initiative importante pour cette zone.
L'administrateur, M Burton nous explique que lorsque le feu prend dans cette sorte de " garrigue ", il ne faut pas attendre la pluie, car elle ne vient parfois, que 6 mois après le début de l'incendie. Des hectares en cendres et des années sans moutons.
Le musée de Leleque est le résumé du peuple autochtone, les indiens Tehuelches et des colons fin 18 ème, début du 19 ème. Ce musée très clair et très enrichissant est la vitrine sur la rencontre de 2 mondes et l'histoire de ce coin de la Patagonie.
El Bolson, c'était le Katmandou patagon des Hippies dans les années 70. Quand ils ne savaient pas où dormir, c'était alors des hippies sans lit !!!!!. Bof il fallait la faire.
C'est toujours le lieu où l'on peu rencontrer les cheveux longs mais les corps ont pris de la bouteille. Sur le marché, chacun a sa spécialité, du bracelet et ceinture en cuir en passant par le taillage du bois ou encore les bijoux fantaisie. C'était aussi le repaire de la drogue. Apparemment ça l'est toujours car les gendarmes viennent de découvrir des plantations de chanvre cachées dans les aubépines. La culture du houblon est plus ancienne que le chanvre. Il y de la bonne bière, fabrication maison. C'est l'héritage des Allemands qui sont venus peupler cette zone.
Lago Puelo est devenu un grand centre pour vacanciers. Les terrains s'achètent à de bons prix maintenant. Jocelyne est restée Sage Femme pendant 3 mois dans ce village de 50 habitants. En 1973 il n'y avait rien et le poste sanitaire n'avait ni lumière, ni eau courante. Les femmes venaient à cheval pour accoucher, des habitations environnantes. A cette époque lorsque vous demandiez aux personnes qui vivaient dans ces endroits reculés, qu'est ce que vous faites si vous êtes gravement malade? Elles répondaient d'un ton fatidique : " eh bien on meurt "
Les femmes racontaient, à Jocelyne, qu'elles mettaient sur le nombril des nouveaux-nés, de la toile d'araignée pour cicatriser l'ombilic. Cependant, certains mouraient d'infection et cela s'appelait la maladie des 7 jours. En quelque sorte cela faisait partie de la sélection naturelle.
Difficile d'écrire la vérité sur les bandits de la bande de Butch Cassidy. La Wild Bunch, horde sauvage de cambrioleurs, attaquaient les banques et les trains aux Etats Unis. En 1901, L'agence Pinkerson
( éleveurs et propriétaires des chemins de fer ) a presque liquidé les bandits sauf Butch Cassidy et Sundance Kid. Riches de leurs forfaits, Butch Cassidy, Sundance Kid et Ethel Place arrivent à Buenos Aires. Ils trouvent en Patagonie, à Cholila, un terrain de prédilection pour faire prospérer leurs biens et jouir d'une vie d'éleveurs, bien vus de leurs voisins. Ensuite les récits varient suivant les auteurs des livres. Ils seraient morts en Bolivie, d'autres racontent qu'ils sont morts au USA en 1940. La véracité des récits change parfois avec le vent. Le seul fait de venir se promener dans leur cabane de Cholila met l'époque du Western encore plus près de nous.
Le voyage des amis continue. Après Neuquen et Général Roca chez les enfants Trotta, direction le Chili. Le long de la cordillère nous traversons les premiers sommets à plus de 2000 m. Fantastiques paysages. Nous nous arrêtons pour dormir dans une forêt d'araucarias de plus de 2000 ans, dans un décor de dunes et de oasis. Par contre il fait 3° et il neige un peu.
Juste avant de dormir, un 4x4 de la gendarmerie s'approche d'El Pitchi. 3 gendarmes en descendent et nous demandent ce que nous faisons ici. La frontière avec le Chili n'est pas loin. Nous discutons un bon moment. Nous prenons des photos et échangeons nos adresses E Mail. Je pense qu'ils se faisaient du souci pour nous ou alors ils voulaient passer un moment à discuter. Nous avons des fruits que nous leur donnons. Les petits cadeaux entretiennent l'amitié.
Nous passons vers le volcan Antuco. Je crois que j'ai bien fait de faire le plein car la route est très longue. La route est de terre et serpente pour arriver au poste de douane argentine. Les papiers sont vites réglés avec un douanier super sympa. Sympa ne veut pas dire inefficace. Le jeune qui est avec lui, nous ouvre la barrière avec les éternelles recommandations en guise de salutations: " Que le vaya bien ", que tout aille bien; " mucha suerte ", beaucoup de chance; " buen viaje ", bon voyage;
Nous arrivons au sommet du col et redescendons sur le chili. Les paysages sont grandioses. C'est difficile de décrire ce que l'on voit sans tomber dans les superlatifs. A nos pieds, s'étalent, des vallées de plus de 40 Km de chaque coté du col. Le long des 2 versants, quelques cabanes ici ou là où les gens des vallées emmontagnent l'été avec les chèvres.
Nous arrivons enfin à la douane chilienne. 6 personnes nous attendent, entre la police, la douane, le passage du camion et le contrôle des denrées pour les fruits. Les Chiliens et les Argentins ne s'apprécient pas vraiment depuis très longtemps. De chaque coté de la frontière chacun croit qu'il est meilleur que l'autre. Nous, nous aimons les 2 peuples car nous ne rencontrons que des gens amènes dans l'un ou l'autre pays.
Il est parfois plus sympa de passer par les petites douanes parce que les douaniers sont très bien et comme ils s'ennuient, ils discutent un bon moment avec vous pour passer le temps. Ici nous tombons sur une personne qui veut dépasser tout le monde. Il fouille El Pitchi de toutes parts. Jocelyne très calme le suit pas à pas. Il trouve des pêches et nous fait la leçon sur les risques de passer des fruits. Il veut les envoyer au laboratoire pour analyse. C'est l'heure de manger et le laboratoire n'est pas loin. Ils auront un bon désert pour pas cher. Il regrette que nous n'ayons pas de vin français. Nous en avons une bouteille et ce n'est pas pour sa pomme. Ils ouvrent enfin la barrière après plus d'une heure de blabla. Je repense au douanier argentin qui insistait sur le fait de ne rien oublier par rapport à nos papiers.
Nous avons fait 87 Km de piste merdique et maintenant nous passons des guets. La fonte des neiges du volcan Antuco grossit les rivières. Il faut toujours passer le matin de bonne heure car à la fraîche les cours d'eau ne sont pas encore gonflés par la fonte des neiges de la journée.
Le dernier guet est long de 8 à 10 m. Sur la moitié du trajet, il y a plus de 80 cm d'eau. " Nous nous mettons en petite et poussons la vague ". Le lit de la rivière n'est pas très stable. El Pitchi danse un peu, se stabilise et avance doucement. Le pied à fond sur l'accélérateur, les 4 roues accrochent les cailloux et cherchent un sol plus dur. Le moteur du Toyota ne souffre même pas. Nous un peu. Nous sommes de l'autre coté. Le parcours n'est pas long, cela à duré environ 40 secondes. C'est le morceau de rivière le plus profond pour le moment que l'on ait passé. Je comprends que la route soit coupée l'hiver. Nous prenons parfois des photos des passages délicats. Je passe le guet dépose Jocelyne et repasse la rivière de nouveau. Comme on dit dans le cinéma : On la double. Pour moi, ce passage là est suffisant et je n'en ferai qu'un.
Il est 15h. Nous nous arrêtons pour dîner au pied du volcan sur une grande mer de cendre noire. C'est superbe, immense. Nous sommes petits dans un désert où tant bien que mal, des fleurs essayent de pousser.
A Los Angeles, nous passons 5 jours chez nos amis à vivre comme les chiliens. Que de gentillesse et de calme chez Giacomo et Maria ! Nous les retrouverons dans 8 mois en France.
Les 526 Km d'autoroute sont monotones jusqu'à Santiago. Même pas un trou ni une bosse. Beaucoup de péages et cela est moins sympa que les pistes aussi mauvaises soient-elles.
Nos vemos mas tarde
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Rien n'est si parfait qu'on ne puisse encore mieux faire.
Lennart Nilsson
Pour nous l'aventure c'est aussi le rythme de vie qui change et chacun est libre de donner le rythme qu'il veut et qu'il lui convient à sa propre vie.
Le clocher de l'église sonne 8 heure. Les chiens ont aboyé toute la nuit. Vers 6 heure les coqs ont chanté à cœur joie le lever du jour. Ce sont les bruits d'un petit village ordinaire. C'est presque comme chez nous, mais à part que Hanga Roa est la capitale et la seule ville de l'île de Pâques. C'est l'île la plus éloignée de toutes les autres terres ou îles. 3700 Km de Santiago et 4050 Km de Tahiti. 5 heures de vol depuis Santiago et nous voilà presque en Polynésie.
Nous n'avons pas retrouvé nos amies ( Maria ), ni Erika à l'arrivée à l'aéroport. Nous devions aller loger dans une famille de Pascuans pendant notre séjour. Personne à l'aéroport, donc le système D entre en action. Nous discutons les prix des locations et tombons d'accord avec Ana, qui tient une pension près de l'océan. Très simple, mais très bien.
C'est la deuxième fois que nous visitons l'île. Cela n'a presque pas changé et pour nous c'est toujours aussi envoûtant. Les géants de silence, le plus grand mesure 21 m de haut, maîtres du passé, et encore pour longtemps dans l'avenir, veillent sur cet endroit unique au monde.
La plage de rêve d'Anakena est aussi paradisiaque que sur les photos. Nous refaisons les routes dans tous les sens. L'île ne fait que 23 Km de long.
Au pied du volcan Rano Raraku, les moai plantés dans la terre ressemblent aux têtes du jeu des petits chevaux qu'un enfant aurait laissé tomber dans le sable.
Nous restons en contemplation devant les 3 îlots chargés de la légende de l'œuf : imaginant les nageurs descendant les falaises, nageant parmi les requins pour rejoindre le plus grand des îlots. Une fois celui-ci atteint, il fallait trouver un œuf de frégate ou de sterne, refaire le chemin en sens inverse, et le ramener entier à son chef de clan pour qu'il soit proclamé roi pour un an.
Cette terre dirigée par une reine mariée à un français, Dutroux Bornier, a demandé 3 fois à la France de devenir territoire Français. Le ministre français de la marine de cette époque, l'amiral Frantz, répondit que ce n'était pas intéressant de mettre le pavillon français sur cette terre. Encore un ministre visionnaire. Cela existait déjà à cette époque.
Cette île pleine de mystère à été décrite par beaucoup. Je ne vais donc pas faire le guide et je laisserai aux autres, qui l'ont fait bien mieux que moi de parler de cet endroit et de supputer sur le transfert et la signification absconses des moaï. Une foule d'écrivains, photographes et aventuriers ont écrit des récits sur ce lieu mythique. Pour citer, Pierre Loti, aspirant de la marine française, qui passa ici en 1872, Thor Heyerdahl avec son aventure du Kon Tiki en 1960, Francis Mazière avec " Fantastique île de Pâques ", et bien d'autres. Ils ont tous donné une description de ce lieu, chacun à sa manière.
Aujourd'hui, en face du port et des moaï, mouille la Boudeuse. Non ce n'est pas une fille de l'île qui fait la tête, c'est le bateau de l'aventurier et écrivain Patrice Franceschi qui fait le tour du monde. Il invite à chacune de ses escales un romancier. Chacun tirera un roman de cette aventure. Pour l'île de Pâques c'est le romancier Edouard Glissant qui en est chargé.
Rapa nui est en fête. Ils élisent leur reine. Après 15 jours de joute et de bataille acharnées, le jury déclare celle qui sera reine pour un an. Les 2 candidates doivent mobiliser le plus de personnes possibles. Les épreuves passent de la course de chevaux, de l'artisanat, à la fabrication de barque de totora, ( joncs ) que l'on trouve dans les lacs, de la sculpture d'un moaï à la course à pied sur 4 km avec 30 kg de bananes sur les épaules. Et bien sûr le jury départage aussi les candidates avec les danses. C'est vraiment impressionnant de voir environ 1500 personnes participer pour que leur candidate triomphe. Le spectacle se déroule dans la soirée. Même les étoiles sont invitées. La croix du sud est presque au premier rang.
Dimanche, l'église est trop petite pour accueillir tous les fidèles. La messe dite et chantée en pascuan prend des airs de folklore. Les chœurs de la petite chorale accompagnés par guitare et tambour résonnent dans la nef. Les gens frappent dans les mains pour donner le rythme et garder la cadence. Je pense que Dieu doit être content de la ferveur et de l'enthousiasme de ses fidèles.
Les feux de la rampe éteints, la musique qui chaque soir se mêlait au bruit des vagues s'est-tu. La reine est couronnée. Nous pouvons repartir tranquillement de Tepito Tehenua pour le continent. Le nombril du monde peut retrouver son calme, enfin presque.
Si en 1872 le peuple ne voulait pas d'argent et ne faisait que du troc, avec les visiteurs, maintenant c'est le contraire. Lorsqu'ils vous voient, Ils ont dans les yeux les dollars qui scintillent. Ils ne vous regardent que comme une simple machine à sou. Ces peuples qui se sont massacrés, ont été découverts, colonisés, maltraités, oubliés, sont-ils maintenant assistés? Certains vous regardent avec un peu de mépris, et un peu de racisme peut se lire sur leur visage. Ils veulent le lait mais sans avoir à traire la vache. C'est à dire qu'ils veulent bien les dollars, mais sans les touristes.
Moi je me pose la question suivante: Quand l'île de Pâques parlera t'elle Anglais? Peut être que dans 5 ans il y aura des vols de lignes régulières qui viendront directement des USA sans passer par Santiago. Mataveri sera un aéroport international, et les charters viendront envahir l'île. Il y aura des hôtels de luxe. Les Pascuans alors se déguiseront pour le folklore et seront payés au mois. J'espère me tromper, pour tous les autres Pascuans qui sont restés fidèles à leur sens de l'hospitalité.
Dans l'avion qui nous ramène vers Santiago, tout le monde somnole. Rêvent-ils aux géants de pierre gardiens de leur secret ?
Nous retrouvons Raul ( pardon Marc ) et Claudia à Santiago où dort El Pitchi depuis une semaine. Marc est la personne que nous avons connu sur le bateau qui faisait le trajet de Puerto Natales jusqu'à Puerto Montt. Il était en reportage pour son magasine " Andes magasine ", l'équivalent de Alpes magasine. Ce couple est très sympa et nous nous sentons en famille avec eux. Nous passons de longues soirées à parler de la vie en France et de la vie au Chili buvant un bon thé. Marc connaît très bien le Chili est nous donne de bons tuyaux sur les sites et les endroits à visiter. Avec Jocelyne nous changeons donc de programme. C'est peut être cela la liberté. Au lieu de partir vers l'Argentine directement, nous remonterons par la N 5 dans le Nord du Chili.
A chaque fois qu'il faut quitter les personnes que nous connaissons cela se fait avec nostalgie. Mais les pistes nous appellent.
Apres les routes asphaltées de la 5 nous prenons la direction de la cordillère pour Combarbala et sa mine de Combarbalita unique au monde. La piste est là, et de nouveau le camion fait des prouesses. Sur un plateau perdu et balayé par le vent, nous nous arrêtons dans une ferme pour acheter un fromage de chèvre. Les cahiers d'école et du linge sont distribués aux enfants de la famille. Lorna, la fille de 8 ans, ne lâche pas le bras de Jocelyne. Nous sentons que ses enfants apprécient le peu que nous pouvons leur donner. Nous dormons à 6 km de Tulahuen dans cette ferme. Le matin, les enfants sont là pour notre départ, chacun avec soit ses cahiers, soit sa balle de tennis ou autres présents. Nous passons par Tulahuen, Monte Patria, Ovalle. Des coins perdus où il est vraiment agréable de passer et de se perdre.
Cette nuit nous dormons vers un pont. Nous passons un petit ruisseau pour être à l'écart de la piste. Comme tous les soirs nous regardons les étoiles. J'entend du bruit derrière une haie. Je vais prendre la lampe dans le camping car non sans une certaine nervosité. Je braque le faisceau sur le buisson. Ce sont 2 chevaux qui broutent tranquillement l' herbe. 1ère frayeur.
Jocelyne fume sa cigarette comme chaque soir dehors. Je suis en train d'écrire dans El Pitchi lorsque j'entend un bruit dans l'eau. Je demande à Jocelyne si ce sont les chevaux qui ont fait ce bruit. Pas de réponse. Je sors du camion et je trouve Jocelyne couchée dans le ruisseau sur le dos. Jocelyne me dit : << je fait la tortue >>. Avec le courant de l'eau elle n'arrive pas à se relever. Je l'aide et lui demande ce qui s'est passé. Dans la nuit, en voulant s'asseoir sur une pierre, elle a glissé dans l'eau. 2ème frayeur.
Dans la nuit passent quelques voitures. Rien de bien alarmant. Vers 2 heure du matin, une voiture s'arrête sur la piste à peu près à notre hauteur. Je baisse le rideau et observe. Le samedi il faut faire un peu plus attention car les gens ont touché leur paye et il sont souvent saouls.
Un rayon de lumière balaye la nuit dans notre direction. J'ai une petite montée d'adrénaline et un frisson me parcourt le corps. 3ème frayeur. Les personnes restent un bonne demie-heure autour de la voiture. En fait ils étaient sûrement en panne et avaient plus de soucis avec leur voiture qu'avec nous. Ils repartent comme ils étaient venus. J'essaye de me rendormir.
La nuit les évènements prennent toujours plus d'ampleur que dans la journée. C'est d'être toujours sur le qui-vive qui engendre aussi cet état selon les endroits où l'on dort.
Le matin Jocelyne sort la première du Camping car. Elle me dit : le ruisseau à débordé. L'eau entoure El Pitchi. Restons calme. Nous déjeunons en attendant une hypothétique baisse du niveau. Rien ne se passe. Donc première petite et nous sortons sans problème.
D'Ovalle nous prenons la piste pour Hurtado. Elle n'existe même pas sur certaines cartes. Le garde du parc de Piscacha me dit que la piste entre Hurtado et Vicuña n'est pas large et qu'elle tourne beaucoup. Je voulais lui répondre que nous en Haute Savoie des virages en montagne on connaît cela. Heureusement la sagesse m'a fait me taire.
Nous partons de 670 m d'altitude et nous montons jusqu'à 1750 m en moins de 10 Km. Heureusement il n'y a pas de voitures ou bien de camions à croiser car d'un coté il y a le précipice et de l'autre il y a la montagne. Je ne peux pas me tirer trop à gauche car je ne suis pas sur de la stabilité de la piste au bord du précipice. On a vu des camions tomber dans le ravin parce que la route s'était affaissée. De l'autre coté il faut faire attention aux rochers qui dépassent de la falaise sur la droite pour ne pas accrocher le haut du camping car. Un bon mélange d'équilibre et de coup d'œil pour les passages un peu durs. Les écoles de conduite pour 4x4 peuvent s'inscrirent pour ce programme. Il y a de tout. Piste en dévers avec la mauvaise inclinaison du coté du ravin. Je connais des pilotes de rallye, hein ! Patrice qui se seraient régalés. Avec un 4x4 normal je pense que ce serait assez facile. Ce qui complique pour nous c'est la cellule et le poids de l'ensemble.
Des virages en épingle où il faut faire 3 manœuvres pour passer et des guets pas trop profonds nous attentent. Dans certains virages, quand le camion est à l'arrêt il faut mettre la petite pour redémarrer car en première le moteur cale. 1h15 plus tard nous sommes en haut du col. Un arrêt s'impose pour El Pitchi et pour nous. Jocelyne a des crampes dans le bras à force de de s'être bloquée sur la poignée de la portière. Malheureusement nous n'aurons pas d'images de ce tronçon de piste pour souvenir. Vous comprendrez aisément pourquoi.
La descente, longue de 32 Km, est de la rigolade. Nous pouvons apprécier le paysage et voir les vignes qui viennent jusqu'au flanc des montagnes. Des km et des km de vignes. Le pisco, alcool de raisin, est la production de la région. Il paraît que c'est un bon remontant. Pour nous se n'est pas la peine on descend.
La visite du musée minéralogique de Copiapo est un enchantement. Merci Marc du tuyau. Nous voyons aussi des fossiles de la région et des météorites .
Nous irons à la recherche de dents fossilisées de requins ou de mégalodons dans le désert aux alentours de Caldera. Nous avons le plaisir de chercher et aussi celui de ne rien trouver. Nous passerons 4 jours sur la plage auprès des pécheurs à manger poissons, oursins et coquilles Saint Jacques. Nous prenons des forces car demain c'est le départ. Le voyage prend de la hauteur.
Ce tronçon de Copiapo, Chili, jusqu'à Fiambala, Argentine, trajet de 485 Km est un enchantement pour les yeux. Toutes les personnes rencontrées, surtout les camionneurs, nous conseillent de partir avec une bonne réserve de gasoil car les pistes coté chilien sont " regular "( regular = difficultés ) et qu'il y a une grosse montée. Ce qui veut dire en clair que ce n'est pas facile. Nous les écoutons.
Le camion peine à monter. Il semble collé au sol. Il dégage une fumée noire. 1ère, puis 2ème. La 1ère est plus souvent de mise pendant toute la montée. L'altimètre du GPS indique 4135 m. Je démonte le filtre à air pour le nettoyer et donner au camping car un nouveau souffle. J'ai l'impression qu'il repart de plus belle mais cela ne dure pas très longtemps. Nous passons entre les 10 volcans les plus hauts du monde. C'est merveilleux.
Sous la vigilance de Ojo del Salar, le seul volcan encore en activité dans cet endroit nous dormons à 4350 à la Laguna Verde. Les andinistes campent ici. C'est le camp de base pour faire cette montagne.
Il y des termes, ici, qui sont très rudimentaires. Jocelyne s'en donne à cœur joie pour aller faire trempette à l'air libre. Les baignoires ne sont que des trous dans le gravier près de la lagune où court l'eau à 38 °. Par contre le fond de l'air est à 10°. Jocelyne a mal aux sinus. Moi j'ai un peu de mal a respirer. Ma tension artérielle est montée à 17.
La nuit a été longue, très agitée et pas de sommeil. Il fait froid et le chauffage d'El Pitchi ne marche pas à cette altitude. Il fait 4° degré le matin dans la cellule. Dehors il fait moins 4°. Pour s'habiller c'est du sport. Ce matin je ne me lave pas. Joce part prendre un bain mais cette fois ci à l'abri du vent dans une cabane en tôle. Quel courage d'affronter le froid après ce bain bien chaud.
J'ai peur que le gasoil fige dans le réservoir. 2 coups de démarreur et j'entends le bon bruit du moteur. Il est parfois doux et rassurant, à l'oreille, d'entendre des bruits aussi simples que celui du moteur d'El Pitchi. Nous sommes, pour l'Europe, à la hauteur du Mont Blanc du Tacul. Sur le plateau à 4600 m, nous roulons à 80 Km/heure. C'est enivrant et irréel .
Nous passons le col San Fransisco à 4750 m. Petite photo souvenir et quelques pas pour voir ce que cela donne. Je monte un raidillon de 150 m et le cœur s'emballe. Pas la peine d'insister. Maintenant c'est 180 Km de descente goudronnée sur l'Argentine.
La terre ce n'est pas le paradis mais il y en a des morceaux à dit Jules Renard. Quel plaisir pour les yeux. De la forme la plus variée aux couleurs les plus inaccoutumées pour des montagnes, le paysage défile devant nous sur des Km.
Nous arrivons sur Fiambala vers 6 heure. Le réservoir de secours est entré en action depuis un petit moment. 23 l de moyenne au 100 Km sur ce tronçon. Nous repartons ce soir dans des termes. 0,50 € prix de l'entrée par personne. Cela ne vaut pas le coup de s'en priver ( et le coût aussi) .
Nous discutons avec 2 jeunes français, Jérôme et Remy qui font la vinification dans une propriété de Fiambala. 2 jeunes passionnés par leur travail. Ce sont un peu des " compagnons ". Ils font aussi bien ce travail en Russie ou en Australie. Des personnes passionnantes et passionnées.
Nous rencontrons aussi un argentin qui a pas mal bourlingué. Il ressemble a l'acteur qui jouait dans le film Docteur No ( je crois ) et qui avait les dents en fer. Il nous donne des renseignements sur les pistes que l'on veut prendre demain. Il nous explique ce qu'il y a à voir dans les alentours. Ici les alentours ce sont 400 Km. Sur la route de Antofagasta de la Sierra il y a des vigognes et La Laguna Blanca.
La feuille de route est faite. Quand il y a un petit quelque chose à voir et que c'est au milieu de rien et que les pistes sont dégueu, avec Jocelyne ce n'est pas la peine que l'on se concerte, nous sommes d'accord pour l'option.
Nous partons vers une piste pour aller à Antofagasta de la Sierra. Voyage de 6 jours loin des contrées goudronnées. Il faut faire des provisions de bouche, charger El Pitchi de gasoil et d'eau.
Les pistes pour Antofagasta ne sont pas superbes. Nous montons à 4000m près des lagunes et des volcans.
Nous passons notre première nuit à 3800, sur une montagne surplombant la piste. Ce qui est bien avec le 4x4 c'est que pour dormir il suffit de braquer le volant, sortir de la piste et s'arrêter ou bon nous semble sur un terrain à peu près plat. Cette nuit il est passé 2 voitures. Nuit très tranquille. Les voisins n'ont pas ronflé. Simplement dans la nuit un âne au loin qui devait avoir un coup de blues s'est mis à braire. Nous avons rencontré lors de la montée beaucoup de vigognes et d'ânes sauvages.
Même en altitude, comme chaque matin nettoyage du camping car. Jocelyne nettoie la cellule et moi la cabine et les vitres. Ici les mouvements sont un peu plus lents et le souffle est vite court.
Nous avons fait 20 Km et nous voyons sortir d'une camionnette rouge 3 types qui me font signe de m'arrêter. Ils sont partis de San Miguel de Tucuman, environ 400 Km, depuis plus de 24 heures et leur moteur chauffe. Il font 1 km et ils doivent s'arrêter et attendre que le moteur refroidisse. Et alors ? Et alors ? Non Zorro n'est pas arrivé. Je démonte le thermostat et ils repartent heureux. Je crois qu'ils n'ont pas du s'arrêter à Antofogasta tellement ils étaient contents.
Avant Laguna Blanca nous rencontrons une bergère qui fait paître ses chèvres dans une étendue qui semble pure pierres et sables sur des Km. Elle est partie depuis 5 heure du matin. Elle nous explique qu'elle n'a rien mangé et qu'elle a soif. Nous lui donnons des " galletitas ", galette de farine, et d'eau. Elle nous raconte qu'elle vit dans une maison de pisé, avec ses 2 sœurs, la mère et le grand père, à 5 Km de là. Que de pauvreté et de désolation. Jocelyne lui donne du linge pour l'hiver qui est rude ici .
Sur la droite de la piste, une pancarte indique Laguna Blanca 20 Km. Nous prenons la direction de l'école et rencontrons la directrice et les institutrices. C'est vraiment un sacerdoce que de venir enseigner ici à plus de 100 Km de Belen. Il y a 90 enfants. Discussion des conditions de travail. Une élève lit le Petit Prince. Jocelyne lui explique que l'auteur est français, qui il était et ce qu'il faisait. Ces élèves n'ont pas la facilité de s'exprimer et il est difficile de leurs faire poser des questions sur notre voyage et notre démarche.
Dans un endroit apparemment loin de tout et si perdu, c'est quand même très peuplé. Les garçons, pendant la récrée jouent au foot, comme tous les enfants du monde. Sauf qu'ici nous sommes à 3000 m. Nous partageons leur 4 heure. Une tasse de maté et un morceau de pain. Pour cette fois ci nous ne donnons pas nos cahiers mais nous continuerons notre distribution lorsque les groupes d'écoliers seront plus petits.
Sortant du musée 10 petits enfants de l'école nous reconnaissent. C'est une discussion plus libre, visite du camion, photos et visionnage sur la camera de leur école. C'est un régal de les voir s'animer. Nous passons plus d'une heure de bonheur avec cette candeur infantile. La manifestation de ces enfants pour la séparation est plus chaleureuse que tout à l'heure. Ils nous embrassent.
Je ne sais pas qui a dit : " la mort d'une bonne action , c'est d'en parler ", mais ces moments si forts ne peuvent pas être photographiés pour montrer leur intensité et leur naturel. Ils ne peuvent pas non plus être gardés pour nous seuls. Alors j'en parle.
El Pitchi tremble de toute part. Depuis un bon moment j'essaye d'éviter les trous de la piste et j'ai les bras qui me font mal à cause des vibrations de la tôle ondulée qui se transmettent au volant. Ce soir il faudrait un bon sauna et un massage. Mais rien de tout cela nous attend. Nous couchons vers une lagune à 3600 m et le " calme du silence " est suffisant.
A 50 Km d' Antofogasta, une voiture est arrêtée sur le coté. Nous nous arrêtons à notre tour et leur demandons ce qu'il se passe. Ici, dans ces contrées lointaines et perdues il y a encore de l'entraide. Nous savons qu'aujourd'hui c'est eux, demain se sera nous. Ils n'ont pas assez d'eau pour boire. Nous leur donnons le peu qui nous reste. Ce sont des prospecteurs et un géologue qui sont un peu en manque de carburant alimentaire. Le patron de l'expédition est un descendant en 3ème génération de Français. On sympathise et restons à discuter sur leurs activités. Ils recherchent des minerais dans ces étendues. Vie très spartiate à cette altitude. Il nous donne son adresse. Nous devons nous revoir à San Miguel de Tucuman dans une semaine.
Cette nuit nous dormons prés d'une lagune où viennent s'abreuver des vigognes. Le matin elle sont fidèles au rendez-vous. C'est superbe de les voir s'ébattrent au soleil levant. Par contre nous sommes étonnés de rencontrer des autruches à cette altitude. J'essaye de les filmer. Elles courent aussi vite que celles dans bas.
Après le petit déjeuner, je pars à la recherche de morceaux de basalte qui sonnent comme une cloche lorsque l'on tape dessus. Dans cet endroit volcanique il y en a sûrement. Faut-il connaître les coins.
De 3600 je monte jusqu'à 4000m. La condition de marche est bien meilleur qu'il y a 3 jours. Le corps s'habitue doucement. Dans cette étendue, seul les lézards veulent faire la course avec moi. Ils gagnent à chaque fois et ensuite se postent sur une pierre en secouant la tête. J'ai l'impression qu'ils en me narguant.
Nous passerons 6 jours sur la puna, hauts plateaux de la province de Catamarca. Nous avons croisé et compté plus de 400 Vigognes sur 100 Km. Pour les cinéphiles on pourrait dire " Quand passe les vigognes ". Jocelyne en est à son 58ème rouleaux de photos de 36 poses. C'est vrai que c'est passionnant de les regarder vivre. Cet animal, de la famille des camélidés, vit toujours à plus de 3000 m. Ici on essaye de les protéger et de les réintroduire sur ces hauts plateaux.
La descente sur Belen est longue, mais c'est toujours l'aventure.
Nos vemos mas tarde
A éviter :
Le restaurant d'un français vers le port de Hanga Roa. Un gros prétentieux. Il n'a pas changer en 7 ans. A fuir.
Attention si vous voulez vous faire envoyer un grand moai, demandez bien le prix jusque chez vous. Il y en a qui vous font payer et après débrouiller vous pour aller le chercher jusqu'en Espagne. Cela double le prix.
Exemple chez Luis Paté dans la rue de l'église de Hanga Roa.
Bilan de santé :
Le camion : La fixation du chauffage vient de relâcher pour la 3ème fois.
Le chauffage ne marche plus.
La fermeture de la fenêtre est cassée
La poignée de la porte d'entrée est tombée.
Pour Joce : un bain forcé
Pour moi : une dent de cassée à l'Ile de Pâque.
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