Journal de voyage
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N° 7 Le coin des oubliés d'Argentine
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Les voyages sont enrichissants pour soi
et s'ils sont utiles pour les autres
Alors on ne meurt pas
On disparaît
Paul Emile Victor
Pour nous, nous avons toujours eu tout au long de nos nombreux voyages l'occasion d'adapter cet adage; dans cette partie de l'Argentine, c'est encore plus vrai. Mais nous n'avons aucunement la prétention de prendre les 2 dernières lignes de cette phrase à notre compte.
Je ne voulais pas faire un journal classique comme : Il est 8 heure. Je me lève, je te bouscule, tu ne te réveilles pas comme d'habitude ( Tiens avec ces paroles, cela aurait pu faire une bonne chanson ). Je voulais que cela soit plus un récit de nos aventures qu'un journal. Dans les Mails que je reçois, vous m'avez demandé de mettre des dates pour suivre notre itinéraire. Vous avez peut être raison. Hein! Laurent.
Lundi 7 mars 2005.
Cela fait la 367ème fois que je tourne le volant sur la piste de cette montagne sans fin qui mène à Capillita. Nous passons sur le flanc d'une montagne, longeons un moment le sommet d'une autre et repassons de l'autre coté d'une 3ème. Au Km 51, nous prenons à gauche de cette piste le chemin de la mine, type " le salaire de la peur ". Les dernières montées pour arriver à la mine Santa Rita sont terribles. Nous terminons en première petite les derniers 400 m avec un dénivelé très important. Tous les 3 essoufflés nous sommes sur l'aire de stationnement à 3050 m d'altitude. La famille Yampa a construit l'hôtel, Le Refuge du Mineur, à cet endroit, en montant pierre par pierre. Un travail de titan dans ces conditions.
( Les propriétaires n'avaient pas le droit de mettre des obstacles sur le chemin de l'hôtel. Bien sur cela aurait été un détournement de mineurs. Boff c'est l'altitude.
Je n'ai jamais vu où plutôt entendu Jocelyne si muette. Pendant 2 heures et demi de montée elle n'a fait aucune observation. C'est vrai que les 800 m de vide de chaque coté, la piste étroite font que la tension est grande. L'attention aussi. Nous croisons difficilement 3 camionnettes. Je ne veux pas me tirer trop sur la droite car le vide est très près. Doucement ça passe. Pour Jocelyne, n'ayez pas peur elle a retrouvé très rapidement l'usage de la parole.
Cette mine de rodocrosite, pierre rose, veinée de blanc, semi-précieuse, est encore exploitée manuellement. 6 mineurs descendent à 40 m pour extraire les blocs de rodocrosite. Nous ne pensions pas que ce voyage en plus de notre but serait placé sous le signe des minéraux.
Nous visitons le musée qui est installé dans une ancienne galerie. Sur les pierres qui surplombent le chemin pour se rendre à la mine, se chauffent les chinchillas sauvages. On dirait des peluches dans un magasin de jouets.
Nous resterons 2 jours avec les mineurs et les filles Yampa à parler des mines de la région et des gemmes de l'Argentine. Ils ont de belles pièces de collection à la vente. C'est bien dommage que les prix soient en dollars. Ils ne visent que la grosse clientèle. Loupé.
Au retour, la descente des 58 Km se fait dans le brouillard et je ne vois pas à 5 m. La route est glissante. Il faut faire très attention car les 2 pneus arrières partent en morceaux et n'ont presque plus de dessin. Je les changerai à San Miguel de Tucuman. Le brouillard a un gros avantage, celui que nous ne voyons pas le vide qui entoure la piste et qui par endroit a des à pic vertigineux. Après un peu plus de 2 heures de descente, nous sommes à Andalgala. Il pleut. Cela fait 40 jours sans pluie et nous nous étions habitués. Ce soir nuit dans le camping municipal. C'est gratuit. Une bonne douche à l'eau froide cela vous remet un homme en forme. Si vous aviez des idées plus précises, elles sont parties avec la dernière goutte de savon.
Mercredi 9 / 3 / 05
Nous arrivons à San Miguel de Tucuman. Rendez-vous au bureau de Spectro. Nous demandons, Alberto Darnay. C'est la personne que nous avons rencontrée dans la puna vers Antofogasta. Il nous reçoit tout heureux de nous revoir. Nous découvrons avec son épouse et lui les quartiers de Tucuman. Nous partons au resto il est 5 heure de l'après midi. Repas typique et bon vin. C'est assez fréquent en Amérique du sud de déjeuner très tard. Ensuite, le soir un thé est suffisant et au lit. Non je rigole.
Révision complète du camping-car avant de retrouver les pistes du nord dans un atelier de sa connaissance. Nous couchons dans le parc en plein centre de San Miguel. Déjà en 1974 nous avions planté la tente dans ce parc. La capitale de la province de Tucuman est triste de nous voir partir car nous la quittons sous la pluie.
Nous avons retrouvé la nationale 40, cette route si longue. Cependant, cette voie nationale qui passe par Tafi d'El Valle, Cafayate, ressemble par endroits à un chemin vicinal et encore.
De Cafayate nous partons par la route goudronnée en direction de Salta pendant 35 Km. Nous pouvons admirer les montagnes qui ont des couleurs superbes. Dame nature s'en est donné à cœur joie avec les blancs, les rouges, les jaunes. Il devait lui rester beaucoup de peinture et elle les a déversées dans cet endroit.
De retour à Cafayate, nous voulons continuer par la 40 sur San Antonio del Cobre. Après le village de La Poma, elle est coupée par les fortes pluies. Nous prenons donc la 33 en direction de Salta. Piste moyenne, mais faisable même avec une voiture de tourisme.
Nous passons dans des petits villages très typiques. Exemple de Molinos, village blanc, rues en terre, maisons en pisé. L'église à elle seule vaut le détour. En traversant les rues nous sentons la quiétude de cet endroit.
Nous longeons et nous traversons sur des Km une autre bizarrerie de la nature. Des montagnes aux formes extravagantes, hautes chandelles de terre bordent la piste. Nous sommes dans un autre monde. Ici, Dame nature avait du sûrement fumer la moquette pour donner ces reliefs si tarabiscotés. Je n'aurai pas voulu être là le jour du big bang. Ca a du faire du bruit dans les chaumières et a du faire couler beaucoup d'encre dans la gazette locale. Ici ils appellent cela la forêt des flèches. Car quoi ( carquois ) que vous en pensiez, nous, nous restons sensibles ( sans cible ) à cette forêt de flèches. Le résultat est merveilleux et fantastique.
Sur la piste nous dépassons un couple qui revient de la corvée du bois. Ils sont très beaux. Nous nous arrêtons pour discuter. La femme est chargée d'un gros fagot de bois accroché dans son dos et l'homme traîne 2 longues branches. Elle a 80 ans et lui 87 ans. Ils se chamaillent parce qu'ils ne sont pas d'accord sur l'âge du monsieur. Elle, nous demande si nous avons des " golosinas ". Cela nous étonne qu'une dame âgée puisse nous demander des friandises. Jocelyne lui donne des biscuits au chocolat et des bombons. Est-ce qu'il y a longtemps qu'elle n'a pas eu de douceurs? Ils sont adorables et touchants dans leur simplicité. Ce ne seront pas toujours les choses les plus extravagantes qui feront la beauté du voyage. Parfois des choses simples ou des rencontres de ce type pimenteront nos pensées lorsque nous ouvrirons la porte des souvenirs.
Cette nuit nous dormons au bord de la piste. La nuit est calme. Même les oiseaux se taisent pour ne pas rompre le charme du silence. Un feu de bois pour faire une grillade de viande. Ensuite pour contempler les étoiles un petit feu de camp. Les scouts ne sont pas loin. La croix du sud est superbe accompagnée de son ciel illuminé. On dirait ces boules que l'on renverse et où il tombe de la neige ou des étoiles. Nous attendons un bon moment pour voir si la boule fait tomber des étoiles, mais rien ne se passe. A part une ou deux étoiles filantes qui raturent le ciel, c'est tout ce que nous voyons.
Quel dommage de ne pas pouvoir photographier ces ciels si beaux! Luna Tucuman, comme chante Atahualpa Yupanqui, lune qui illumine le ciel pendant un bon moment et se couche à 22 heure. La nuit devient alors si sombre que l'on ne voit même pas le reflet du camion, et cela donne alors à la nuit une ambiance et une atmosphère pesantes.
Malgré le calme, au petit matin, nous sommes réveillés, par un oiseau qui fait un bruit de grincement de porte que l'on ouvre. C'est une sensation bizarre dans cette grande étendue que d'entendre une porte. L'imagination peut vous transporter très loin.
Lundi 14 / 03 / 05
Visite de Salta. La dernière grande ville du nord de l'Argentine. Visite des musées ( momies, poteries et art pré-incaÏque). Dans le nord vous pouvez visiter les musées pour, 0,25 € prix de l'entrée. Cela ne vaut pas le coup de se priver de culture. Un autre musée très intéressant dans le même style, c'est celui de Cafayate. Si dimanche vous passez par-là il ne faut pas le manquer.
Nous dormons devant le parking de Toyota. J'ai rendez-vous demain pour vérifier les freins d'El Pitchi. Ils font du bruit et je préfère les faire contrôler avant de passer en Bolivie. La nuit est très trés bruyante dans cette rue. Où est notre drôle d'oiseau avec son cri de porte qui grince? C'était plus calme.
Apres les essais d'El pitchi, nous prenons la direction du nord. La route 9 est goudronnée jusqu'à la Quiaca. Nous longeons la quebrada de Humahuaca; nous nous arrêtons à Pumamarca avec sa montagne aux 7 couleurs. Le matin au lever du soleil, c'est un régal pour les yeux que de se promener dans les rues étroites de Pumamarca. Je crois que j'ai usé tout mon vocabulaire, d'adjectifs et de superlatifs, pour essayer de décrire ce que nous voyons. Ici sur toute la vallée, c'est un enchantement de couleurs et de formes qui nous entourent.
Jocelyne, chargée des relations publiques, rencontre un professeur et lui fait la distribution des cahiers. Il est heureux. Nous prenons des photos que nous leur enverrons plus tard. Les enfants aiment poser devant la caméra, et ensuite se regarder sur l'écran.
Nous passons le tropique du capricorne pour la 17ème fois à la hauteur de Huacalera. La photo souvenir s'impose.
Mercredi 16 / 03 / 05
Il y a 17 ans jour pour jour nous étions à Humahuaca, avec nos enfants. Nous avons emporté la photo que nous avions prise ce jour là des 2 petites filles qui se baladaient en ville. Nous les recherchons pour leur donner la photo. Nous en avons retrouvé une, Claudia. Nous discutons avec elle sur la vie à Humahuaca. C'est un endroit très pauvre malgré le tourisme. Ce sont des coins isolés de l'Argentine. C'est une Argentine dans l'Argentine. C'est l'Argentine des indiens du nord. Même les politiques ne connaissent pas ces endroits. Si, où alors seulement pendant 1mois, au moment des élections.
Autrement la ville n'a pas changé. Il y a toujours des jeunes gamins qui se présentent aux touristes pour leur servir de guide et leur faire visiter la ville. Lorsque la visite est terminée, notre petit guide nous quitte en récitant le poème de Fortunato Ramos: "Yo jamas fui niño". Humahuaca est le village natal de cet instituteur poète. A notre jeune guide, nous pourrions lui réciter ce poème, mais nous lui laissons le plaisir et faisons comme si c'était la première fois que nous l'entendions. C'est un chef d'œuvre connaissant la vie très dure des gamins d'ici.
Yo jamas fui niño je n'ai jamais été un enfant
Mi sonrisa es seca mon sourire est sec
Y mi rostro serio et mon visage sérieux
Mis espaladas anchas mes épaules larges
Mis musculos duros mes muscles durs
Mis manos partidas mes mains coupées
Por el crudo frio par le froid cruel
Solo 8 años tengo j'ai seulement 8 ans
Pero no soy niño mais je ne suis pas un enfant
Une autre photo qui s'impose, c'est celle qui est prise devant la pancarte de la Quiaca. Que de souvenirs et de temps passé depuis la photo prise à Ushuaia devant l'autre pancarte du sud qui nous indiquait : Ushuaia / La Quiaca 5121 Km.
La Quiaca est une ville frontière sans charme. C'est simplement pour le plaisir que nous sommes ici. Les jeunes coyas, indiennes du nord, sont en jeans et ventre à l'air et auront bientôt un percing dans la lèvre. Nous serons tous habillés avec des Jeans, buvant du coca, et écoutant les mêmes niaiseries de chansons américaines. C'est aussi cela la mondialisation.
Dans le Nord de cette Argentine avec une forte influence bolivienne, les chiclets ( chewing-gum) ont remplacé la chique de coca. De même qu'il est rare maintenant de voir les femmes vêtues de leurs jupes multicolores. Quiaca ton folklore fout le camp.
Nous prenons aussi en photo le pont qui sépare l'Argentine et La Bolivie. Nous avons dormi une nuit sur ce pont en 1989. La douane argentine nous laissant passer mais la douane bolivienne ne nous laissant pas rentrer à cause d'une différence d'heure. Même les fonctionnaires d'ici ont une règle. Ne pas se mettre 2 fois en retard dans la même journée. Arriver en retard le matin d'accord mais ne pas partir en retard le soir. Nous avions bien dormi quand même. Ce soir nous dormons prés de la Lagune Colorée entre La Quiaca et Yavi. Nuit très tranquille.
La piste N°5, monotone en couleurs, nous emmène à Santa Catalina. Un village perdu le long de la frontière bolivienne. Nous savons qu'il y a des chercheurs d'or dans la région. Arrivés au village, nous nous renseignons. Peu de temps après, nous sommes dans une pièce avec 4 hommes du village. Un dans un coin, nous au milieu, 3 vers la sortie. Ils nous demandent à combien nous achetons l'or. Je ne les sens pas très clairs dans leurs conversations et leurs attitudes. Je connais le cours de l'or, mais je les laisse parler. Ils nous ont sûrement pris pour des gros acheteurs. Après un petit quart d'heure de questions vaseuses et de réponses vagues, nous leurs expliquons que nous voulons simplement filmer les chercheurs d'or. Nous sortons de cette pièce et filons ( pour l'or c'est bien le filon ) sans commentaire de leur part et ni du notre.
Sur la petite place devant l'église nous attend une bonne sœur. Est-ce que vous voulez visiter l'église, nous demande t-elle. Oui bien sur. Elle fait la guide.
( Dans une église, une affiche montrait l'argent que recevait le curé de la paroisse pour l'entretien de l'église et vivre. Le slogan disait : < avec si peu il faut vivre et vous, vous ne croyez pas aux miracles >. Nous avions trouvé cela plein d'humour ).
Ensuite elle nous invite à visiter la cure. Elle s'occupe des pauvres et des indiens du village. Je ne sais pas si l'impécuniosité à des degrés sur l'échelle de la vie. Ici je pense qu'avec le peu qu'ils ont eux, ils font des miracles. Jocelyne ressort les cahiers, les gommes, les crayons, du linge et des médicaments. Elle lui donne aussi quelque chose pour se requinquer. Il y a 4 jour que cette sœur a été opérée de la vésicule. Ici il n'y pas les 3 jours de carence. Elle est sur pieds, trottine et s'occupe de tout pour la préparation de la semaine sainte.
Nul n'est besoin d'être croyant pour aider sœur Pascaline Si des personnes en Europe ont le mal de vivre ou des états d'âme, je les invite à venir donner un coup de main à Santa Catalina. Ils peuvent venir ici pour aider. Ici c'est en direct. Par contre, je peux aussi vous donner l'adresse ou vous pourrez envoyer vos dons. Un petit peu pour vous c'est énorme pour eux.
Je demande à la sœur où est ce que je peux filmer les chercheurs d'or. Elle nous explique qu'ils sont dans les montagnes.
Lundi démarre la semaine sainte. Le vendredi saint toutes les personnes des alentours viennent pour la procession. Ils viennent aussi vendre leur artisanat et arrivent avec leur or; ils en profitent pour le vendre. Les compères que nous avons rencontrés, avaient sûrement peur que l'on surenchérisse le prix du gramme et qu'on leur casse la baraque. Eux ils doivent profiter au maximum de les rouler et sur le poids et sur le prix. Je comprends maintenant pourquoi les autres acheteurs se faisaient un peu de soucis tout à l'heure et nous interprétons mieux le sens de certaines de leurs questions.
Sur la route qui descend de Santa Catalina vers Abra Pampa, 2 personnes sur le bord de la piste nous font signe de nous arrêter. Celui qui est en vélo nous demande de rapprocher l'autre monsieur de chez lui. Jocelyne monte à l'arrière du camping car pour laisser monter l'homme devant, à coté de moi Aujourd'hui c'est notre jour de bonté. Ce Coya, typé au maximum, très bien vêtu, avec sa chique de coca qui empeste, est content car il avait 22 Km à faire sur la selle du vélo de son beau-fils. Vu l'état des pistes, bonjour les marques sur les fesses. Nous le laissons au croisement de Rinconada. Je lui demande c'est loin chez vous? Il me reste encore environ 1 heure à pieds !!! me répond-il fataliste.
Cette partie que nous traversons est monotone et sans vie. Pas un seul animal, ni oiseau. C'est un endroit triste. Les gens sont à l'image de l'environnement. Les enfants de la puna, hauts plateaux, grandissent avec la tristesse sur leurs visages et leurs yeux ne brillent pas de mille feux. C'est pour cela que le poème de Fotunato Ramo est un chef d'œuvre de réalisme dans son texte.
Sur le bord du chemin nous voyons un terrain de foot au milieu de rien. Les lamas broutent au centre. L'occasion est trop belle. Je m'empresse de faire une photo avec un lama dans les buts. Cela est pour les aficionados du Paris Saint-Germain. Tout de suite, quelqu'un arrive en vélo. Le petit bonhomme descend de sa bécane et me demande : Que quiere Señor ? Moi rien, simplement prendre une photo. Il avait peur que je lui vole ses lamas. Nous discutons un bon moment avec lui au milieu du terrain de foot. Il veut que nous allions chez lui pour visiter. Ce sont des maisons en pisé avec plusieurs pièces sans fenêtres. La porte donne sur une petite cour interne protégée du vent. Ils sont 8 à vivre ici. Il nous montre aussi ses Apachétas. L'Apachéta est un autel de pierres dressé en honneur de la Pachamama, la terre. Cette divinité est si importante pour les Aymaras ou les Quechuas, que même la religion Hispano-Chrétienne n'a pu la supprimer. Cela fait un mélange entre la culture pré-colombienne ou Incaïque avec la religion chrétienne.
Pour les gens de la puna, le monticule de pierres, engendre un recueillement systématique, et une prière. Il existe 3 sortes d'autels. Des tas de pierres le long des pistes sont pour le repérage dans la nature, la sécurité et le bon déroulement du voyage. Les autres sont aussi bien dans les champs ou derrière les maisons. Celles si sont pour la protection du bétail ou pour la santé des personnes. Nous ne passerons jamais devant un monticule de pierres sans y ajouter la notre. Peut être une superstition. Nous sommes étonnés de voir la similitude et la fonction de ces apachetas avec celles du Népal ou de la Mongolie.
Dimanche 20 / 03 / 05
Sur le bord du chemin, une famille fait du Stop. Re belote. Jocelyne monte avec les 3 enfants et la mère à l'arrière du camping-car. Le père s'assied devant, à côté de moi. Ils sont au bord de la piste et attentaient une voiture depuis 10 heure ce matin. 5 heures qu'ils espèrent. Personne n'est passé. Il est 3 heure de l'après midi et nous les emmenons à San Antonio de los Cobres. La prochaine fois que je viens en Amérique du Sud, je passe le permis de transport en commun.
La ville, qui à connu son heure de gloire avec les mines de cuivre et d'argent est aujourd'hui un village sans âme et sans attrait.
Nous dormons sur la petite place de San Antonio. Endroit tranquille sous la protection de l'église.
Dans ce coin de l'Argentine on dirait que nous faisons la caravane du tour de France. Des que nous croisons des personnes ou nous arrêtons c'est l'attroupement. Nous ne distribuons pas de casquettes, mais le linge que nous avons emporté. A San Antonio de los Cobres, vers la gare il y a 7 enfants qui viennent quémander un sou, un bonbon. Ils se sont mis en rang par grandeur. Le plus petit doit avoir 2 ans. La plus grande, 10 ans. Ils font la queue devant la porte du camping car. Même El Pitchi est fier de pouvoir participer à cette distribution. Ils repartiront chacun avec des cahiers, des images, des mouchoirs en papier, ( certains ont la morve au nez ) et un peigne. En plus ils ont mangé un petit quelque chose. C'est une goutte d'eau dans l'océan, mais au moins c'est toujours cela de pris. J'en parle car des personnes, dans les mails que je reçois, m'ont demandé de décrire ces moments. Pour les personnes qui pensent que l'on en fait trop, la séquence émotion est terminée.
En route, à 20 Km, nous nous arrêtons vers le viaduc du chemin de fer. Le train pour " les nuages " part de Salta à 1400 m d'altitude et arrive à San Antonio de los Cobres à 3800 m. Il a fallu 27 ans pour construire la ligne. Il y 27 ponts. Le train passe plusieurs fois à plus de 4000 m. Dans les wagons, il y a des médecins avec les bouteilles d'oxygène, au cas où des personnes se sentiraient mal. Le train croise des paysages somptueux. A faire si vous passez par-là. Excursion inoubliable et émotions garanties.
Le viaduc de Polvorilla a une hauteur de 64 m. Nous nous arrêtons pour prendre des photos de ce pont. Nous sommes tout petits, en dessous. Sacré Eiffel, tu n'es pas venu jusqu'ici mais ton œuvre témoigne de ton génie. Peut être est-ce, ce qui à séduit l'Ingénieur Maury qui a fait appel à tes compétences. Un jeu de construction venu de France.
Malheureusement, aujourd'hui, il n'y a pas le train qui passe dessus le viaduc. Nous montons à pied les 64 m qui nous séparent du sommet. Pour vous cela ne veut pas dire beaucoup, mais pour nous, si. Nous arrivons sur la passerelle à 4200 m un peu essoufflés. Jocelyne est montée allégrement. Ce qui m'étonne c'est qu'elle monte encore plus haut pour prendre des photos. Elle peut toucher les nuages de la main. Le train porte bien son nom.
Le monstre, réchauffe doucement sa carcasse de fer et se remet de la froide nuit par des grondements sourds. Toute la journée il va gémir et emmagasiner de la chaleur pour passer une nouvelle nuit dans le froid de la puna salténia qui descend parfois jusqu'à moins 5° à cette époque.
Pour nous cela fait plus de 15 jours que nous naviguons entre 3500 m et 4500 m. Nos corps commencent à être fatigués. Nous peinons un peu moins à 4000, mais lorsque les gestes sont un peu trop rapides, le souffle nous rappelle tout de suite qu'il faut se calmer. Nous attendons une hauteur plus adéquate pour nos organismes et ce n'est pas demain la veille. Je vais insister parfois sur les chiffres de la hauteur où nous évoluons, pour que vous vous mettiez dans les conditions de notre vie en altitude.
Lundi 21 / 03 / 05
Nous passons le col Alto Chorillo à 4560 m et nous nous arrêtons pour mettre une pierre à une Apacheta. Nous redescendons dormir à la laguna del Hombre Muerto. Enfin nous redescendons, façon de parler car nous sommes encore à 4000 m. Chaque 3 minutes le corps demande une inspiration un peu plus grande que les précédentes pour rééquilibrer l'ensemble. Le fait de se baisser ou de se relever rapidement, engendre un léger tournis. De même que l'on ne peut pas manger beaucoup par repas car la digestion est toujours difficile.
Le chauffage ne marche pas. Ce matin il fait 6° dans la cellule. Pour se laver c'est un peu juste. Cela promet pour les altitudes plus élevées en Bolivie.
Nous partons faire le tour de la saline. Nous faisons la course par camion interposé avec des autruches. Elles courent aussi vite qu'au niveau de la mer.
Nous arrivons vers une mine d'or abandonnée. Le village perdu au fond d'une vallée à 4200 m est mort. Même le petit cimetière des mineurs paraît lui aussi " mort ".
Nous continuons notre route de pierres et pour la 1ère fois le GPS entre vraiment en action car la piste se perd dans la montagne. Antofogasta de la Sierra figure au sud sur le GPS. C'est la bonne direction. Arrivés sur le plateau à 4443 m nous voyons la piste qui forme un long ruban et qui part au loin.
Nous n'avons pas fait 40 Km que nous rencontrons une bergère. Et nous qui nous croyions " perdus ", loin de tout. Mais pour arriver ici cela n'a pas été simple car plusieurs traces se sont présentées à nous. Nous continuons sur ce plateau en traversant des paysages grandioses.
Je ne peux pas retenir EL Pitchi qui part au milieu des formations. Jocelyne les a surnommées l'Atlantide des Andes. Pas de piste, pas de traces de véhicule. Je m'en donne à cœur joie à slalomer entre ces rochers rouges et blancs, ces concrétions de lave du volcan EL Galan qui se trouve à plus de 70 Km au sud. Si vous passez par-là et que vous voyez des traces de véhicule sur la gauche de la route ce sont les nôtres. Je m'amuse à parcourir cette étendue pendant une heure.
J'ai 10 ans, c'est pas vrai mais j'ai 10 ans chantait Souchon. Moi, Je suis comme un gamin au milieu de ce grand parc. C'est vraiment irréel que de parcourir des km sur des terres sans traces de véhicule. Jocelyne a un peu la tête qui lui tourne entre l'altitude et mes zigzags. Un troupeau de vigognes court devant El Pitchi. Les vigognes sont de retour. Avec cela nous arrivons à 18 heure à Antofogasta de la Sierra. Nous avons parcouru 120 Km depuis ce matin. C'est cela aussi la liberté. Je vais décrire ce trajet pour les intéressés en fin de journal.
Nous dormons au pied du volcan Alumbrera et d'un champ de lave fuligineuse de plus de 17 Km de long. Nous sommes à l'abri du vent et passons une nuit très tranquille sous un ciel très étoilé. Nous sommes à 3400 m et nous souffrons un peu moins de la puna.
Jeudi 24 / 03 / 05
La journée passe à visiter les alentours d'Antofogasta. Nous montons à 4300 m voir des pétroglyphes dans des paysages superbes. Un peu les mêmes formations qu'hier dans des grandes étendues avec les montagnes en toile de fond qui nous dominent à 6600 m. Je pars marcher. Joce reste dans le camping car. Environ une heure de balade à prendre des photos. Nous sommes dans la vallée des 220 volcans. Certains ont craché une lave noire, d'autres marron, d'autres d'un rouge sang. Que dire de ces immenses étendues de couleurs différentes. Vous allez dire que je me répète, mais un, on se sent tout petit et de deux, c'est un environnement indescriptible.
Ce soir nous dormons à 4045 m. Nous sommes partis pour faire un tour de 335 Km et descendre dans un cratère d'un des nombreux volcans des environs. Le volcan El Galan de 6600 m d'altitude a le cratère le plus grand du monde. 40 Km de diamètre.
Je prends des renseignements dans divers endroits du village, vers les guides, chercheurs, collectionneurs de pierres. Celui qui connaît le mieux la région, c'est Zoltan Czékus, guide et grand collectionneur de minéraux devant l'éternel, qui me renseigne le mieux. Il a son musée minéralogique à la sortie d'Antofogasta.
Certains nous disent qu'il faut tourner à droite après le grand plateau. D'autres nous disent c'est tout droit et qu'il suffit de suivre les traces, d'autres ne savent pas bien mais veulent quand même nous renseigner. Je recoupe le tout, trie le meilleur. Je mets le GPS pour la 2ème fois en marche pour le parcours. Nous ne voulons pas revenir à Antofogasta donc nous ne prenons pas de guide et nous nous débrouillerons tout seuls.
Ce n'est pas une piste, mais simplement 2 traces des camionnettes qui sont passées avant nous que nous nous engageons à suivre pour rejoindre les lèvres du cratère. Les guides font ce tour en 1 jour. Nous, nous mettrons 3 jours tant il y a de choses à admirer. Des lagunes avec des milliers de flamants roses. Nous passons à 4800 m. La géographie des environs d'Antofogasta se révèle si hallucinante qu'il est impossible de la décrire avec des mots. Je vais essayer, impressionnante, déconcertante, saisissante, merveilleuse, irréelle, incroyable, fantastique, majestueuse, prodigieuse, fabuleuse, ahurissante, étonnante, inouïe, extraordinaire, formidable, spectaculaire, ……. En un mot superbe environnement. Si ça manque des adjectifs je vous les laisse placer.
De plus, la piste est vraiment faite pour les 4X4. Lit de rivière, montagnes russes, champ de cailloux, tranchées cassantes qu'il faut passer au pas, descente dans le sable où l'arrière du camping car veut passer par-devant. Sueurs froides pendant 30 secondes.
Sur 100 m de descente, les 2 traces de la piste ne sont pas au même niveau. 40 Cm de différence en hauteur entre les 2 roues de gauche avec les 2 roues de droite. L'inclinaison d'El Pitchi est importante. 20 mn pour faire ce tronçon à 2 Km / l'heure. Pour finir la journée nous cherchons la sortie pendant 1 heure. Imaginez-vous un vaste espace de 20 km de sables et graviers devant vous. Pas de hauteur ni de relief pour voir la bonne piste. Que des montagnes qui nous entourent. Toutes les pistes se croisent. Le GPS indique la bonne direction, l'ouest, pour rejoindre la piste d'Antofogasta. Nous, nous trouvons face à une rivière assez profonde. Nous la passons sans problème.
La journée est bien remplie et la fatigue se fait sentir. Nous arrêtons là, la promenade. Aujourd'hui 128 Km à une moyenne de 23 Km / H. Dîner, et ensuite lecture pour Jocelyne, écriture pour moi. Ce soir il souffle très fort. Le vent siffle dans l'arrière du camping car.
Nuit difficile avec le froid et l'altitude. Le matin à 8h il fait 4° dans la cellule. Il fait moins 4° dehors.
Samedi 26 / 03 / 05
Retour à San Antonio de los Cobres (250 km de trajet) pour faire le plein de Gasoil. Nous allons dormir à la gendarmerie, ils font aussi hôtel. Adresse à retenir car c'est moins cher que l'hostéria. Et c'est pas mal pour une nuit à 12 €.
Nous discutons jusqu'à plus de minuit passé des coins peu connus de l'Argentine avec le chef de la gendarmerie et un Baqueano. Le Baqueano est un guide mais c'est aussi la référence pour les excursions et les coins à connaître. Les coins qu'il nous mentionne ne se trouvent dans aucun livre.
Il nous indique un autre passage pour le Chili, par le col de Socompa. Nous prenons des informations sur les pistes car à par le train qui va au Chili par ce col, peu (et même très peu) de voitures ou de camions passent par-là.
Ces 2 personnes nous racontent aussi que dans cet endroit, lorsqu'il n'y a pas de lune, on peut voir des Ovnis. Moi qui rêve d'en filmer et d'avoir un scoop! Un des 2 surenchérit en disant que ces Ovnis viennent recharger leur énergie car dans l'air il y a des ions positifs. Moi qui suis très hermétique à cela je les écoute en pensant comment des personnes majeures, pas bêtes, instruites, responsables peuvent croire en ces choses là.
Le lendemain nous nous arrêtons au Salar d'El Pocito pour faire les papiers de passage en douane du camping car. La Dame qui nous reçoit pense que nous sommes un peu allumés car personne ne passe par ce col. Pourquoi voulez vous passer par ce col, demande t-elle. Parce que Roberto, le Baqueano, nous a conquis par ses paroles à nous décrire ce merveilleux endroit. La voilà un peu rassurée. Elle nous demande une fois arrivés à Tolar Grande de téléphoner au bureau du chef de gare de El Pocito. Si elle n'a pas de coup de téléphone après demain, elle préviendra la gendarmerie. Sur le 1er tronçon passent quelques voitures nous dit-elle. Sur l'autre partie très peu, autant dire pas du tout. C'est rassurant. Elle nous dit que les paysages sont effectivement fantastiques. Ca nous encourage. Nous la sentons un peu estomaquée de nous voir partir tous les 2 sans autre véhicule pour nous accompagner.
Arrivés à Tolar Grande vers midi, nous allons informer à la gare que nous avons fait le 1er tronçon. Ils doivent faire passer le message à la gare de Salar El Pocito.
Ensuite nous nous renseignons sur le chemin pour Socompa. Il est impossible de passer par la piste de la corniche. La piste la plus directe est en dévers, il y a eu des éboulements et en plus elle est très étroite. Toutes les personnes rencontrées nous déconseillent de passer par-là. Il faut donc faire un détour par la mine de La Casualidad à 130 Km de là et rejoindre Socompa par une piste à travers la montagne. Nous faisons le plein de gasoil à la mairie et partons nantis de ces renseignements.
Nous arrivons au campement de la mine de la Casualidad, 2h30 plus tard. Les paysages sont superbes. Roberto, le Baqueano, n'avait pas raconté de bêtises. Nous cherchons la fameuse piste pour aller jusqu'à la frontière du Chili. Apres concertation avec Jocelyne, nous décidons de prendre des traces à droite comme on nous l'a indiqué. Cette piste nous emmène jusqu'à la mine Julia, mine de soufre, à 5224 m d'altitude. El Pitchi monte dans un décor à vous couper le souffle, ( Couleurs variées des montagnes ), déjà que l'on a de la peine à respirer!!!
Arrivés au sommet de cette montagne de soufre, nous constatons que la piste se termine ici. Il faut redescendre car il fait froid et il y a un vent terrible. Nous ne voulons pas non plus dormir à cette altitude. Déjà que les nuits passées au-dessus de 4000 m entraînent un sommeil par intermittence, on n'ose imaginer une nuit à plus de 5200 m.
Nous redescendons et couchons à 3600 m. Nuit impeccable et réparatrice.
Mardi 29 / 03 / 05
Nous déjeunons tranquillement en discutant de la suite du parcours. Nous nous mettons d'accord pour refaire les 45 Km de montée jusqu'au campement pour reprendre d'éventuelles autres pistes.
Nous voilà repartis. Encore une fois, arrivés au campement nous cherchons la fameuse piste sur la droite. Nous ne trouvons que des traces qui nous ramènent toujours au même point. La décision est prise de redescendre refaire le plein de gasoil à Tolar Grande. Nous avons fait 412 Km depuis hier.
Nous arrivons à 13 heure au village et nous refaisons encore une fois le plein. Nous disons que nous avons été un peu légers et confiants hier sur les informations que l'on nous a donné. Cette fois ci nous allons prendre plus de renseignements. Nous rencontrons à nouveau le guide d'hier, ensuite le maire, ensuite un autre guide et un géologue. Pendant une heure nous faisons le circuit et le tracé en nous faisant expliquer plus précisément et avec détails l'itinéraire.
15 heure, nous repartons faire les 130 Km. Cela fait la 5ème fois que nous refaisons ce même chemin. Nous sommes au campement la Casualidad. Puis il faut faire 8 Km depuis l'arche de l'entrée du campement et prendre une piste à droite. Le compteur est à zéro et nous partons. 3 ou 4 traces sur la droite au Km 8 s'offrent à nous. Nous partons dans la montagne à suivre ces pistes. Nous arrivons plusieurs fois dans des culs de sacs. Nous coupons à travers la montagne pour essayer de retrouver d'autres pistes. Rien, El Pitchi en a marre et nous aussi car cela fait plus d'une heure que nous parcourons la montagne en hors piste, essayant d'éviter les pièges de la surface du sol et des rochers saillants pour ne pas casser le pont arrière. Nous montons au sommet des collines environnantes, enfin à 4600 m tout de même, pour essayer de retrouver cette fameuse piste. Le soleil commence à baisser. La décision la plus sage est de redescendre au village. 130 Km à nouveau.
La piste a eu raison de notre pugnacité. La fatigue, l'épuisement et la lassitude commencent à se faire sentir chez moi. Voilà 2 jours que nous tournons dans cette montagne, à faire plus de 700 Km pour revenir au point de départ. C'est à dire 0. C'est rageant.
Jocelyne coéquipière de choix sait trouver les mots pour me redonner le punch. N'ayez pas peur, l'abattement est de courte durée chez moi.
Mercredi 30 / 03 / 05
Nuit moyenne sûrement due à la fatigue d'hier. Nous retournons à Tolar Grande. La décision est prise, nous allons repasser par Salar El Pocito et nous irons au Chili par la douane de Paso Sico. Pour rejoindre Antofogasta, au Chili, au lieu des 300 Km qui nous auraient resté à faire depuis Socompa, nous allons en faire plus de 800. C'est sûrement cela l'aventure.
Alors que je prépare le camion comme chaque matin. Il me semble entendre une voiture au loin. Je ne fais pas comme les Indiens à mettre l'oreille sur la piste mais je suis persuadé d'entendre un ronronnement. Ce serait notre chance. Nous attendons un moment. Rien n'arrive. Nous partons en direction du village de Tolar Grande. En fait nous ne voyons rien ni voiture, ni camion. C'était peut être le vent qui m'a joué un tour ou simplement mon imagination.
Nous devons refaire le plein d'El Pitchi pour retourner à Salar El Pocito. Les personnes rencontrées à Tolar Grande sont étonnées que nous n'ayons pas trouvé le bon chemin. Cependant lorsqu'on nous donne de bons renseignements nous sommes capables de bien nous orienter. Nous pensons que peut être les données étaient erronées, à propos. Fallait-il prendre un guide?
Nous avons donc rencontré 2 voitures en 4 jours sur environ 900 Km. Il ne faut pas tomber en panne ni attendre du secours dans ces coins là.
Passage de la Douane Chilienne, merdique coté phytosanitaire. Nous tombons sur un spécimen à mettre en foire. Le type de bureaucrate borné qui a des règles et qui les applique sans discernement. Le genre capable de dénoncer père et mère pour respecter le règlement. Mais nous en avons vu d'autres et nous restons zen.
Nous passons la nuit en haut du village de Socaire.
Nos vemos mas tarde
Bilan de santé :
Le camion : Le rideau sur l'évier est cassé, chauffage toujours en panne
Pour Jocelyne : RAS
Pour moi : RAS
Circuit :
Si vous êtes dans la province de Catamarca à Belen, prenez la 40 jusqu'a El Eje.
Tournez à gauche sur 8 Km jusqu'à Puerta de Quémado.
Tournez à droite et prenez la 38 qui s'appelle alors 43 .
220 Km plus tard vous êtes à Antofogasta de la Sierra.
Vous pouvez faire les visites des alentours. Vous pouvez aussi prendre des guides.
Pour faire le volcan EL Galan, faire le plein à Antofogasta de La Siera et prendre des réserves de carburant. Vous allez passer à 4800 m et à cette altitude le moteur est gourmand. Compter 25 à 30% de plus de la normale, suivant votre charge.
D'Antofogasta de la Sierra refaire les 60 Km jusqu'à El Peñon. Prendre à gauche les traces de voiture, demandez s'il le faut au petit magasin qu'il vous indique à peu prés où il faut les suivrent. Ensuite bonne chance, laissez vous guider par les traces.
Les guides font le tour en une journée. Nous, nous trouvons que c'est du gâchis. Pour notre cas, nous l'avons fait en 2 jours. A vous de voir si vous êtes amoureux de la vitesse. Nous on préfère les paysages et les flamants roses.
Ensuite redescendez sur la "plaine" à 4000 m. Il faut traverser une rivière peu profonde en prenant sur la gauche. 30 Km plus loin, vous passerez par l'usine de lithium et vous rejoindrez la piste pour Antofogasta de la Sierra. Pour l'usine il faut sonner au portail et aller s'enregistrer au bureau. Simple formalité.
Si vous avez assez de carburant il n'est pas nécessaire de revenir à Antofogasta. Vous pouvez poursuivre sur le Salar El Pocito en continuant par la 43.
En passant dans la province de Salta la piste 43 devient la N° 17!!! Vous avez encore 100 Km pour rejoindre San Antoño de los Cobres.
Il faut beaucoup de réserve de carburant car il n'y en a pas à Salar El Pocito. Ils en vendent parfois mais il faut passer en début de mois.
Ce circuit est fabuleux pour celui qui aime le minéral et les espaces. Pour celui qui aime la ville et les magasins de fringues c'est une autre piste.
Impératif, le circuit est à faire dans ce sens, pour la descente dans le cratère, le tronçon de sable et le tronçon de piste en descente décalée, d'environ 70 m de long (où les roues gauches sont 40 à 50 cm plus hautes que les roues droites), ainsi qu'un peu de dévers.
Dans ce sens là, avec un 4X4 sans cellule c'est de la rigolade. Avec la cellule, la hauteur et le poids modifient un peu les manœuvres, surtout dans le dévers.
Bonne route.
NB : Dans le Nord de l'Argentine le coût de la vie est beaucoup moins élevé que dans le sud.
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N* 8 Plus prés des étoiles.
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L'important c'est d'avoir quelque chose à raconter à ses petits enfants
Henry de Monfreid
Pour nous, c'est depuis longtemps que nous avons fait notre cette pensée. Elle est encore plus vraie maintenant que nous sommes grands parents
Il est 1 heure du matin. Il fait froid. Nous ne dormons pas depuis un bon moment. Jocelyne est obligée de prendre de l'oxygène car elle n'arrive pas à respirer. En plus elle a mal aux sinus. L'altitude provoque au bout d'un moment des saignements de nez et rend la gorge sèche. J'ai dormi 2 heures, ensuite j'ai eu moi aussi du mal à respirer. Une sale impression de m'étouffer. Nous sommes dans la cuvette d'El Tatio. Je devrais dire dans le chaudron du Tatio.
Samedi 2 / 04 / 05
El Tatio est très calme. C'est tout juste, si pendant la journée, nous pouvons apercevoir des geysers ici ou là. Le sol laisse apparaître quelques fumeroles au loin.
Il faut être sur place pour le lever du soleil, quand la surface de la terre se met en effervescence et ouvre toutes les vannes de tous les geysers de cet endroit. C'est un moment, magique, mais très court, où toute la cuvette se met à bouillir, chaque endroit, chaque creux laissant échapper de la vapeur d'eau. Pendant ces 2 heures c'est un festival à celui qui jaillit le plus haut, celui qui laisse échapper le plus puissant jet de vapeur ou celui qui est le plus bruyant.
Nous passons la nuit à 4350 m avec un autre camping car pas loin de nous. Ce sont des Allemands, Viviane et Peter. Le matin au réveil, nous parlons ensemble de notre mauvaise nuit, eux non plus n'ont pas bien dormi. Nous discutons aussi du douanier chilien de la douane de Sico. Ils ont passé la même douane, le même jour juste avant nous. Ce douanier était un malade. L'isolement, le manque de femme lui montaient à la tête, dixit Peter.
Le creux d'El Tatio où nous avons dormi est sûrement en dépression par rapport aux bords du cratère. Peut être aussi que les vapeurs des geysers qui sont parfois nocives amplifient le phénomène de pesanteur et cette sensation d'étouffement.
Le camion est gelé. Je démarrerai El Pitchi plus tard. Il fait 4 degrés dans la cellule, dehors, au minimum moins 7°. Bien sur le chauffage ne marche toujours pas. Je pense que le constructeur nous a vendu un chauffage qui fonctionne à 100 m de hauteur maximum et qu' il va marcher au Brésil quand il fera 35° et plus.
Les cars de touristes arrivent vers 6 h. Ils sont partis de San Pedro de Atacama aux alentours de 4 h. Il y a 100 Km de montée. Les plus rapides montent en 2 heures 30, les autres en 3 h à 3 h 30. Cette visite nous l'avons déjà faite en 1989 avec les enfants. Je me rappelle que nous avions eu aussi très froid.
Le soleil réchauffe doucement l'ensemble de la cuvette et donne à cette partie de la terre un drôle de paysage qui se noie dans un écrin blanc comme du coton. Les vapeurs entourent les personnes qui se promènent en déformant leurs silhouettes. C'est un peu fantasmagorique.
Nous nous baladons de cratères en puits, du petit geyser au plus puissant. Des algues, ou plutôt des bactéries commencent à se nourrir de l'eau qui sort à 85°. Elles donnent des couleurs aux petits ruisseaux qui partent en étoiles des entonnoirs d'où sort la vapeur. Du rouge au blanc en passant par le vert et l'ocre ces ruissellements embellissent et donnent une gaieté à l'environnement. Ces couleurs toniques rehaussent l'ensemble de l'antre. Si dans le ciel l'arc-en-ciel est toujours éphémère, ici nous pouvons le contempler à satiété.
Vers 9 h 30 la nature, après avoir été au maximum de son exubérance, retombe doucement dans le calme et la tranquillité. Les cars de touristes sont repartis. Nous sommes seuls dans ce petit morceau de l'enfer apaisé. Il y a seulement des vigognes qui traversent le plateau. Pas très loin du campin-car, il y a une "piscine" d'eau chaude. Jocelyne est partie faire trempette.
La descente sur San Pedro se fait sans problème. C'est une piste large qui est très facile aujourd'hui. En 1989 nous avions dû y renoncer avec El Pitchi N°2 car c'était impensable de passer les montées et les guets sans un 4X4.
San Pedro de Atacama a su garder son cachet malgré le flux de touristes qui se déversent chaque jour sur sa petite place. Nous profitons au maximum de cet endroit calme, de son église et de son musée. C'est un des musée de l'Amérique du sud qui retrace le mieux la vie des indiens jusqu'à l'arrivée des espagnols. Les momies exposées sont en excellent état.
Ce soir nous partons à la vallée de la lune. Circuit facile. Nous attendons le coucher de soleil qui va embraser le volcan Licancabur. C'est assez sympa.
Il y a 11 Km pour revenir à San Pedro de Atacama. Nous décidons de dormir sur cette piste et nous continuerons nos pérégrinations aux alentours de San Pedro demain. Un petit chemin sur la gauche et nous voilà partis pour trouver un coin tranquille dans la cordillère de sel. Je croyais avoir mis en position 4X4. Lors d'une manœuvre pour nous mettre dans le sens du vent et être plat, l'arrière du camping-car trouve un sol de Fesch-Fesch. Un sable très fin qui ressemble à de la poussière. Aucune adhérence. L'arrière d'El Pitchi s'assoit et ne veut pas se relever. Je place les plaques de désensablage. Ce sont des plaques d'opérette pour faire joli. Elles ne résistent pas. Voir photos. Les vendeurs, là aussi nous prennent pour des gogos. Ce sont des plaques de désensablage très légères en plastique. On aimerait savoir dans quelles conditions ils les ont essayées. Peut être même qu'ils donnent des conseils alors qu'ils ne sont jamais sortis d'Annecy. Je suis dur mais croyez moi que sur le moment, j'étais très énervé.
J'enlève le sable pour dégager le dessous qui touche. Après 1 heure et demi de bagarre avec le sable, nous décidons d'arrêter la lutte, de manger et de dormir comme cela, avec El Pitchi incliné. La nuit porte conseil.
Lundi 4 / 04 / 05
Le soleil n'est pas encore levé que nous sommes déjà au travail de déblayement. J'ai enlevé les roues de secours et déchargé une partie du coté gauche pour enlever du poids. Voilà plus de 2 heures que l'on bataille et que le camping-car ne veut toujours pas sortir de son trou.
La décision est d'aller chercher du renfort à San Pedro, en faisant les 9 Km à pied qui nous séparent du village. Je laisse Jocelyne près du camion et je pars. Cela nous rappelle la Bolivie il y a 31 ans.
Je marche depuis environs 4 km et j'entends des bruits de voiture. Est ce que le mirage de Socompa recommence? Je me retourne et c'est bien une grosse camionnette que je vois arriver au loin. Lorsqu' elle est à ma hauteur je fais signe au chauffeur pour qu'il m'emmène au village pour chercher du renfort. En route je lui explique ce qu'il nous arrive. C'est un guide qui vient de déposer 2 touristes, à 10 Km d'ici, pour faire un circuit à pied dans les montagnes. Il a du temps de libre avant de les récupérer. Il me dit : allons voir ce que l'on peut faire.
Il sort cric, planches et cales. Nous pinaillons pendant plus d'une heure à remonter l'arrière droit du camping-car. Nous mettons des pierres sous la roue arrière droite. Comme cela la roue avant gauche touche le sol.
Coup de démarreur, petite vitesse et El Pitchi sort du 1er coup. Remerciements, règlement du coût du travail. Nous restons tous les 2 à recharger le camping.
Jocelyne fait les voyages avec tout le bazar à remettre en place. C'est bien d'avoir une femme de ce calme dans ces moments là où la tension est un peu plus forte que d'habitude. C'est reposant et rassurant.
Petit tour à San Pedro pour voir les mails et pour organiser notre départ en France pour 1 mois. Nous devons rentrer pour des raisons familiales. Ce n'est pas simple de trouver rapidement un avion, mais avec de la patience, un ami en France nous avons un avion pour le 10 avril. C'est impeccable.
Nous rencontrons un couple d'italiens qui voyage en camping car. Discussion et échange sur les avantages et les inconvénients de nos camping-cars. Le parfait n'existe pas. Tous les camping-caristes rencontrés pendant le voyage, qu'ils soient Allemands, Italiens ou Français, ils ont tous quelque chose à reprocher à leur véhicule. Sommes nous trop exigeants?
Nous rencontrons aussi des français qui voyagent dans le nord du Chili: Santiago, originaire de Haute Savoie, lui, qui vivait aux Marquises, se ballade à vélo ou en bus. Raymond et Béatrix eux vivent maintenant à Santiago du Chili après avoir vécu 4 ans en polynésie. Nous passons un bon moment dans un petit café à refaire le monde et bien sur à parler de voyage. Un très bon moment.
Départ pour le désert d'Atacama, plus exactement pour la lagune Chaxa. Nous nous promenons sur le sel et pouvons voir des flamants roses. Nuit sur le parking de l'entrée du parc.
Mercredi 6 / 04 / 05
Nuit très calme. Direction Peine, sa petite église et ses ruines incaïques. Nous ne voulons bien sûr pas passer par la piste normale qui va à Antofagasta. Nous prenons plein sud. Je rencontre des personnes qui travaillent pour les mines de Lithium. Je leur demande le chemin, comment il est. Régular par endroit, ce qui veut dire pas bon, et autre endroit "malo". Je ne traduis pas.
C'est vrai que les 10 premiers Km ne sont pas très bons. La rivière a tout emmené sur son passage. Nous avons fait 15 Km quand se présente à nous un embranchement. Pile ou face. Je prends à gauche. Nous faisons environs 20 Km et se présentent à nous plusieurs pistes. Là le choix est plus difficile. Nous suivons ce qui à l'air d'être la piste principale, essayant de lire sur le sable si d'autres véhicules sont passés par là récemment. Je sais cela ne veut rien dire. Avec une nuit de vent il est impossible de voir des traces. J'essaye quand même avec l'aide de mon copilote. Sur la dernière trace nous tombons dans un cul de sac, qui va à une vanne pour la mine. Autour plus rien. Nous arrêtons le petit jeu de piste et décidons de retourner au 1er croisement. Pourtant le GPS indique la bonne direction. Bien sûr nous contrôlons les Km parcourus et gardons en réserve assez de carburant pour faire demi tour et revenir au Km 0 au cas où!
A droite la piste part dans la montagne. Nous faisons environs 60 Km, de piste, de tôle ondulée, de creux, de bosses, de montagnes russes, de sable. Le plus éprouvant pour le véhicule et pour nous c'est la tôle ondulée qui fait vibrer toute la caisse pendant plus de 2 heures.
En général sur les pistes que nous empruntons nous pouvons distinguer au loin les empreintes des roues des autres véhicules qui sont passés avant nous. Souvent ces traces plus claires slaloment pour essayer de trouver et de rencontrer le sol le plus adéquat pour rouler et ne pas fatiguer le véhicule. Je passe de gauche à droite du chemin, évite un trou, roule au milieu, reviens sur la gauche. Parfois je ne rencontre rien de bien sur cette piste et il faut rouler à 10 Km/h. Il faut prendre son mal en patience et attendre qu'un sol moins chaotique se présente. Parfois il faut parcourir des Km et des Km.
La piste à cet endroit est toute blanche sur une grande distance. Au loin nous apercevons une piste rouge. Nous découvrons ainsi la nature du sol qui nous entoure. Cela va de la terre diatomée blanche au cendres noires des volcans en passant par le rouge de la terre latérite. La piste se mêle ( semelle ) à la montagne et fait des lacets, c'est une chose sûre ( chaussure ).
Après 70 Km, Nous apercevons sur la droite 2 voitures. Ce sont des ouvriers qui installent une pompe pour fournir de l'eau à une mine de cuivre. Nous stoppons et demandons si c'est la bonne route. Le responsable nous fait un croquis et nous emmène jusqu'au campement de la mine qui se trouve à 10 Km. Exactement c'est le campement pour fournir l'eau nécessaire à la mine à 90 Km d'ici. Il nous donne des fruits, de l'eau et nous fait préparer à manger par le cuistot du camp. Nous avons beau lui dire que nous n'avons pas faim mais il insiste. Encore un qui a du se dire : les pauvres ils sont perdus. Il repart à son travail. Nous sommes tous les 2 installés à table à 4 heure de l'après midi mangeant un sandwich de viande avec un avocat.
Vous prendrez bien un crème, me demande le cuistot. Bien sûr avec 2 sucres SVP. Ils nous chouchoutent. A la télé du campement il y a un match de foot. C'est les quarts de finale de la coupe d'europe. Milan AC contre l'Inter. Il y a 1 a 0 à la mi-temps. Nous sommes très loin des flonflons et des paillettes. Nous notons, avec un petit sourire de notre part, cette situation un peu étonnante et ce décalage dans le temps.
Nous quittons les 2 jeunes qui restent au camps avec les remerciements qui correspondent à la gentillesse de ces gens. Eduardo nous à fait un croquis qui vaut mieux qu'un plan.
Nous ne sommes pas arrivés à rejoindre du coté Argentin ce col de Socompa nous passerons donc par le coté chilien. Il faut s'imaginer que nous n'avons aucunes indications ni panneaux, aucuns points GPS pour nous orienter dans le dédale des traces des camionnettes qui partent tout azimut. Nous n'avons que notre sens de l'orientation.
Arrivés à un croisement nous rencontrons une grosse camionnette. Ce sont des gens de la mine de cuivre. Ils nous emmènent au croisement pour Socompa. Ils nous refont un croquis. Par contre ils nous spécifient de ne pas sortir de la route car il y a un endroit miné. C'est rassurant.
En général les chiliens sont d'une gentillesse incroyable, mais ici cela dépasse tout ce que l'on peu imaginer.
Nous roulons environ 30 Km; comme indiqué, nous passons au milieu de 2 rideaux de barbelés avec nombreuses pancartes d'avertissement. Ce sont les restants de la soit disant déclaration de guerre de l'Argentine contre le Chili en 1978. C'est la première fois que nous voyons cela depuis que nous voyageons dans le monde. Une voiture en bas sur la droite est en mille morceaux. Info ou intox. Nous n'irons pas contrôler. Sur environ 100 m de long, il y a du grillage de chaque coté de la piste pour délimiter les mines. Nous passons doucement. Il ne faut sûrement pas déraper dans ce coin. Au retour je prendrai des photos car c'est un peu impressionnant. Ce soir je ferai pipi contre le camion et non dans la nature comme à l'accoutumé.
20 Km avant la douane de Socompa, la gare désaffectée de Monturaqui nous servira de refuge pour la nuit. Le village est abandonné et complètement en ruine. Le coucher de soleil sur les volcans est une merveille ce soir. Les volcans qui se dressent au loin sont rouges de fierté.
Il n'y a pas 1 heure que nous sommes en place, entre deux constructions sans toit, en ruine, à l'abri du vent, que nous voyons des phares dans le nuit. Une voiture s'arrête devant le camping-car. Je n'aime pas cela. Je descends d'El Pitchi. 2 hommes descendent de la voiture. Il fait nuit et je ne distingue pas tout de suite les habits des douaniers. Ils sont simplement venus voir qui nous étions et qu'est ce que nous faisions pas loin de la frontière. Jocelyne leur explique que nous avons rendez vous avec le guide de la gendarmerie (Argentine) à Socompa.
Ils nous attendent demain à la frontière car ils sont de service. Ils nous souhaitent une bonne nuit dans le petit village en ruine et repartent rassurés.
Nous regardons les étoiles et la croix du sud. Quel ciel fantastique.
Jeudi 7/ 04 / 05
Les douaniers nous ont indiqué, hier au soir, qu'un peu plus haut de ce qui reste du village il y a une réserve d'eau potable. Ce matin nous en profitons pour la "douche au seau". L'eau est plus que fraîche mais est la bien venue. Le plus dur c'est le vent qui vous fouette la peau mouillée. Il paraît que l'eau froide raffermit les chairs!!!! On va être ferme. Le soleil par contre vient nous caresser et essaye de compenser la différence de température.
Les 20 Km de piste qui nous séparent de la frontière sont moyens. Les douaniers sont étonnés de nous voir arriver. Il faut rappeler que cette frontière est pour les trains et non pour les voitures. Nous leur expliquons pour quoi nous voulons retourner en Argentine. Le guide Argentin est connu même des douaniers chiliens. Nous faisons les papiers et traversons par la voie de chemin de fer qui sert de route, sur 400 m pour rejoindre l'Argentine. Rencontre avec les douaniers Argentins. Ils nous informent que Roberto le guide est reparti depuis 3 jours et l'autre contact est à Tolar Grande. C'est rageant. Nous repartons voir les Chiliens car nous n'avons pas fait l'entrée en Argentine puisque Roberto n'est pas là.
Les douaniers chiliens refont les papiers d'entrée avec le sourire. Cela veut bien dire que l'on peut faire sérieusement son travail sans embêter les gens.
La descente sur Antofagasta est longue de 300 Km. Nous sommes à 3865 m à la douane. Nous redescendons dormir à La Negra à 420 m. La dépression est terrible. Voir la photo de la bouteille. Les organismes s'en ressentent un peu. Le repas du soir est très léger.
Nous avons 6 jours où nous devons tuer le temps avant notre départ pour la France. Nous passons les jours à visiter les environs de cette ville. Le musée minéralogique de l'université du nord vaut la peine qu'on lui rende une visite. Il est vraiment très complet. Les mines de cuivre financent sa maintenance et ceci explique cela.
Nous partons dans le sud d'Antofagasta pour visiter le plus grand observatoire du Chili. Le Paranal est le centre européen financé en partie par la France, doté de 6 télescopes géants de 8 m de diamètre chacun. Pas de chance, les visites se font en fin de semaine et en fin de mois. Et moi qui voulais constater où passaient nos impôts et les vôtres!!
Sur la longue route monotone qui nous ramène de Taltal vers Antofagasta, Aznavour et Sardou sont en train de se débattre avec leurs chansons respectives en espagnol. Nous les aimons mieux dans leur registre en français. Nous avons déjà entendu Adamo, Cabrel et Cochiante dans la même souffrance. Mais nous apprécions que les radios locales diffusent "nos" chanteurs.
Sur les 300 Km nous avons compté plus de 150 oratoires, chapelles ou monuments à un saint quelconque. Je ne sais pas comment les camionneurs retrouvent leurs petits. C'est à en perdre son Aymara, son quetchua, ou simplement son latin. Ces "lieux saints" ressemblent parfois à des dépotoirs vu les offrandes qui trônent autour du sanctuaire. Cela passe par des bouteilles vides ou pleines d'eau, par des pneus, ou par des vases avec des fleurs en plastique. Des croix de divers matériaux et de différentes grandeurs "ornent" l'endroit entouré soit par un muret, soit par des tôles, soit par des pierres peintes de distinctes couleurs. Remarquez que cela " égaye " le paysage sur cette portion de route sans aucune végétation.
A Antofagasta, nous retrouvons Dagoberto, c'est cette personne que nous avions rencontré dans le sud du Chili, à Combarbala. Il nous avait invité à venir chez lui lors de notre passage dans le nord du Chili. Nous resterons 3 soirs avec lui à parler de pierres, de météorites, de fossiles car c'est une de ses passions. Nous parlons aussi de la politique du Chili, du rôle des parents dans l'éducation des enfants, des voyages, etc… Un homme autodidacte, qui sait jouer de la clarinette, sculpter, peindre, et faire mille choses.
Devant une tasse de thé et pendant une grande partie de la soirée, il nous raconte aussi sa vie de détenu avec son plus jeune frère et sa mère, dans les prisons de Pinochet. Il avait 12 ans. Il relate cela sans haine mais avec beaucoup de pudeur. Nous l'écoutons religieusement, sans l'interrompre, car il revit pendant un instant ses moments de souffrance. Nous voyons dans ses yeux qu'il a en face de lui ses geôliers et qu'il les regarde avec suffisance, du haut de ses 12 ans. Ils nous explique qu'il a résisté en se disant que sa force mentale était plus forte que la force physique de ses bourreaux. Pas mal pour 12 ans. J'en connais qui baissent les bras pour beaucoup moins que cela. Il écrit un livre sur sa vie et son enfance.
10/4/05
Ce matin Dagoberto nous emmène à l'aéroport prendre l'avion. El pitchi est laissé bien au chaud dans son garage. Un souci de moins.
Nos vemos mas tarde
Bilan de santé :
Le camion : Les joints de silicone des lanterneaux sont fendus et se décollent.
Pour Jocelyne : RAS
Pour moi : RAS
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N° 9 Nous avons même entendu les lamas chanter
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L’expérience est une lanterne que l’on porte accrochée dans le dos
et qui éclaire le chemin parcouru.
Lao Tseu
Pour nous, je rajouterai que cette lanterne il faut aussi savoir s'en servir pour éclairer le futur chemin à parcourir.
J'ai la tête appuyée contre le hublot de l'avion qui nous ramène de France à Antofagasta. Je regarde la brume qui recouvre le Nord du Chili. Les nuages blancs font un tapis au-dessous de nous. On se croirait en hiver, en Haute Savoie, pendant une journée de ski. Le soleil brille sur les sommets, la vallée est dans la brume et l'on surplombe toute cette mer de nuages. L'esprit vagabonde. J'arrive à voir dans les nuages les traces des pas d'un mosheur qui aurait poussé son traîneau sûrement en donnant de la voix pour aider son train de chiens et lui indiquer la marche à suivre. Les traces des 2 patins se dessinent, jusqu'à se perdre dans le lointain. Ici les traces d'un blanchot peut être poursuivi, par un renard. Là bas un bonhomme de neige, avec de gros merles qui auraient marqué le sol de leurs pattes. Le 737 de Sky AirLines descend dans la brume et met fin à mes rêveries.
11 / 05 / 05
L'avion s'arrête sur le tarmac. Dagoberto est fidèle au rendez-vous et il nous attend à la sortie de l'aéroport. Il nous emmène jusque dans la cour où est garé notre camping-car. Nous sommes fatigués et resterons là pour cette nuit.
El Pitchi est entier, mais des traces sur l'arrière montrent qu'il a été abîmé. Les ouvriers en manœuvrant des barres de fer l'ont esquinté. Pour que cela ne se voit pas ils ont repeint avec du blanc l'accrochage. C'est encore plus voyant.
Aujourd'hui je me décide à entreprendre la réparation du chauffage. Dans 3 jours nous serons sur l'altiplano Bolivien. L'hiver commence la bas et il fait parfois très froid. Si nous pouvions avoir un peu de chauffage cela ne serait pas du luxe. J'ai ramené la documentation de France. J'ai fait un 2ème Email au constructeur, lui expliquant ce qu'il se passait. Il n'a même pas eu la politesse de me répondre. Le service après vente et le suivi de sa clientèle est à l'image du personnage. Dommage car dans l'ensemble il a un bon produit. Nous réglerons cela à notre retour en France.
Démontage du chauffage, fixation plus solide avec les moyens du bord. Un peu genre système D. Je remonte l'ensemble. Lorsque je termine la réparation, j'ai de la chance il ne me reste pas de pièces en trop. Mise en marche du chauffage et oh miracle ça fonctionne. J'ai quand même passé plus de 2 heures à cette réparation. En fait j'ai trouvé la panne ( mélange de l'arrivée d'air frais et échappement des gaz brûlés ). Nous sommes tellement contents que même avec la chaleur qu'il fait dehors si nous nous écoutions nous le laisserions en marche. Nous sommes tout rouges et décidons quand même de l'arrêter.
Nous allons dans un grand magasin au centre ville et faisons des provisions pour la suite du voyage. Ici on trouve de tout car la région est très riche avec l'exploitation des mines de cuivre.
Lors de nos 1er jours à Antofagasta nous nous sommes égarés en haut de la ville. En cherchant l'entreprises de gaz pour recharger nos bouteilles, nous sommes allés en direction des poubelles. Des gens, et bien sur des enfants, vivent dans des cartons le long de la route, dans les détritus. Plus tard, nous voulions aller donner du linge à ces gens qui vivent dans ce dépotoir et où la misère dépasse la pauvreté, de même que la déchéance dépasse la misère. On nous a interdit de nous rendre dans cet endroit car, même avec le mac du coin c'est très dangereux. On nous dit, vous avez eu de la chance de ne pas vous faire agresser. Donc, résignés, nous laissons là ces pauvres malheureux.
13 / 05 / 05
Nous partons avec Dagoberto dans le désert de sable au nord d'Antofagasta. Il se régale à vouloir nous épater en montant et descendant les dunes avec son 4x4. Nous descendons une dune, avec une pente à plus de 45% sur plus de 200 m de dénivelé. Une fois en bas de la dune, il nous laisse à souhait contempler le panorama qui est très impressionnant.
Plus loin, nous arrivons dans un endroit où il y a eu une pluie de météorites. Nous nous baladons sur des Km. C'est vrai que Dagoberto excelle dans la conduite sur sable et connaît très bien ce désert.
20 Km plus au nord, ce sont des dents de requins fossilisés que nous cherchons dans les dunes, sans succès. Ici dans ces pays ce qui est bien, c'est qu'il n'y a qu'un pas du musée à la nature ou l'inverse.
Ce soir, c'est le dernier soir que nous passons avec lui. Un thé comme d'habitude et de longues discussions sur la suite de notre voyage.
15 / 05 / 05
Nous quittons le Chili et nous rentrons en Bolivie. La douane d'Ollagüe est à conseiller. Pas de tracasserie ni de zèle. Un travail bien fait et sérieux. Ce n'est pas la douane de Villazon en Bolivie avec La Quiaca ( Argentine ). Les douaniers Boliviens vous demandent de leur remettre vos faux dollars pour qu'ils ne rentrent pas en Bolivie. Ensuite bien sur, eux ils les écoulent. Aussi, il vous font payer des taxes qui n'existent pas. C'est ou vous payez ou vous restez sur place. C'est la frontière la plus mal renommée d'Amérique du Sud. Ces mêmes douaniers, peuvent également mettre de la drogue dans votre véhicule et vous dirent : Vous êtes en voyage et nous ne voulons pas vous embêter payez une amende de 500 € et on vous laisse partir.
Nous sommes à 200 Km d'Uyuni. A 40 Km de la frontière, nous trouvons un coin pour passer la nuit. Le décor est superbe parmi les formations rocheuses.
16 / 05 / 05
La nuit n'est pas terrible. Nous sommes montés trop vite de 0 m à 4370 m en 2 jours. Le corps n'a pas suivi. Nous avons des maux de tête. Les médecins préconisent de monter 300 m par jour. Il parait que nous sommes à peu prés tous égaux en dessous des 3000 m. C'est après, que la différence se fait sentir. Le soroche pour la Bolivie est l'équivalant de la puna en Argentine. C'est le mal des montagnes.
La loi de la physique en plaine est totalement différente qu'en montagne. L'eau bout à 86 °C à 4000m. Les bouteilles en plastique ou les yaourts qui viennent de la plaine et qui sont montés en altitude gonflent énormément. La bouteille d'eau gazeuse qui vient de la plaine déborde lorsqu'on l'ouvre à 4000 m. A croire que les bulles sont plus grosses.
Les pneus qui sont gonflés à 3 kg en plaine, contrôlés à 4000 m sont à 3,8 kg. Il ne faut pas les dégonfler puisque la dureté est la même. Par contre l'effet inverse s'exerce sur les bouteilles en plastique que l'on redescend de 4000m à 2000 m; elles sont compressées.
Les personnes de l'altiplano ont 5,7 litres, en moyenne, de sang composé de 50 % de globules rouges. Par contre les personnes des plaines ont 4,7 litres de sang et ils n'arrivent même pas à 45 % en globules rouges.
17 / 05 / 05
Nous entrons dans Uyuni. C'est de là que nous allons partir vers le sud de la Bolivie.
Nous rencontrons un guide qui nous donne toutes les explications et les détails nécessaires pour aller dans le sud. Lui, il sait de quoi il parle. Je complète la carte que j'ai acheté avec les renseignements de Marino. Avec toutes ces précieuses informations, nous partons vers le sud par des pistes qui existent, mais qui ne figurent pas sur toutes les cartes. Nous nous attaquons à l'altiplano Bolivien. Sur le trajet, nous retrouvons les mêmes formations rocheuses que nous avions vu dans le nord de l'Argentine. Pour nous c'est loin mais à l'échelle de la planète la distance qui sépare ces formations est minime.
La piste que nous empruntons n'est pas terrible. Nous pensions nous perdre dans l'altiplano, mais nous rencontrons plus de 10 véhicules sur 400 Km. Les questions et les décisions viennent lors des embranchements avec 2 ou 3 pistes devant soi. Il faut choisir la bonne. De petits villages en mines, de mines en stations de récupération du sel, nous essayons de ne pas nous tromper. En plus depuis plus d'une heure la neige a fait son apparition avec un vent d'une violence incroyable. Nous arrivons à la cabane du garde parc. Nous payons l'entrée 30 bolivianos par personne. Environ 3 € pour 4 jours.
Les traces des autres véhicules se perdent entre le vent et la neige. Une voiture d'une compagnie de tourisme passe au loin. Je décide de la suivre. Elle doit bien aller quelque part.
Nous arrivons à la laguna Colorada. C'est une surface d'eau d'une couleur rouge qui s'étend à nos pieds. La couleur rouge provient des algues et du plancton qui se développent dans les eaux riches en minéraux. Les flamants n'ont pas l'air gênés par le temps qu'il fait. Les flamants de l'altiplano sont plus petits et plus résistants au froid que les autres. Ici le froid peut descendre jusqu'à moins 25° en plein hiver. Les lamas qui paissent sur les rives ne semblent pas non plus dérangés par le froid et semblent chanter. Ils émettent un son guttural tout en paissant. Peut être pour se réchauffer.
Nous passerons la nuit à l'abri du vent entre les constructions du campement à l'entrée du parc. Le cadre n'est pas terrible mais il est efficace contre le vent glacé. Le chauffage fonctionne, et c'est un vrai bonheur.
18 / 05 / 05
Dehors il fait moins 12°. Même avec de l'eau chaude la toilette est celle du chat. 9 heure nous passons la barrière du garde faune pour nous rendre à 18 Km au nord, à l'arbre de pierre, Rocher sacré pour les Boliviens. Ce sont des formations qui sont toujours de cette même roche. Les pistes se croisent et la neige qui est tombée donne quelque chose de grandiose dans ce paysage.
Nous photographions les flamants roses à la Lagune rouge. Celle-ci passe du rouge foncé, tirant sur le marron au rose pale. Les couleurs se modifient ou s'amplifient selon la puissance du soleil. Déjeuner dans le camping-car avec vue sur la lagune. C'est très amusant de voir les petits flamants essayer de s'envoler.
Il nous reste 100 Km en passant dans la montagne pour rejoindre la lagune Verte. Nous passons à 4900 m d'altitude. Il n'y a pas beaucoup de neige, mais le vent est très violent et forme des congères de plus de 1 m de haut. Les boliviens appellent cela le vent blanc. Il faut passer en dehors de la piste principale sans savoir ce qu'il y a dessous, car celle-ci est recouverte de 30 cm de neige,.
Le camping-car blanc sur ce blanc, on le devine à peine sur la piste. Pas de risque de collision avec d'autres véhicules sur ce parcours car nous ne croisons personne. El Pitchi se comporte très bien sur la neige. 20 KM en un peu plus d'une heure. Mais je souffre sur ce tronçon de plus de 60 Km pour essayer de ne pas me planter. Ca va, je n'ai pas trop perdu la main sur la neige. Je suis content d'être enfin passé. Rester coincés à presque 5000 m, dans le froid, la neige et le vent nous n'étions pas partants. Nous voulions battre notre record d'altitude et passer à 5900 m, mais cela est impossible avec la neige. Ce sera pour une autre fois. Notre record pour le moment reste 5400 m en 1989.
Les rochers de Dali, que l'on aperçoit au loin sur notre gauche, sont une étendue de formations de la même roche que ce matin. Les blocs, de formes tarabiscotées, sont disséminés sur une grande étendue de sable d'un beige clair. Le vent et le froid érodent les parties les plus tendres et donnent aux blocs de pierre des aspects de monstres. Chacun avec son imagination peut trouver dans ces sculptures des créations ou des animaux les plus divers. Nous sommes descendus et à 4000 m il ne neige plus. L'éclairage rasant, du soleil couchant, est superbe et attribue encore une autre dimension à l'ensemble des rochers, teintant d'ocre doré les monuments de Dali. .
Arrivés au poste de contrôle du garde parc, je lui demande 50 litres de gasoil pour plus de sécurité. Il faut cependant aspirer le liquide pour le siphonner et le transvaser du bidon au réservoir du camping-car. Ceci dit le gasoil a le même goût dégeu que n'importe lequel dans le monde. J'aurai aimé prendre un autre type d'apéro avant le dîner. Nous passons la nuit vers la cabane des guides. Le garde nous annonce moins 20° pour cette nuit. On va bien se couvrir.
18 / 05 / 05
Il a fait froid cette nuit, moins 14°. Les 2 duvets ont été nécessaires mais avec le chauffage nous sommes confortables. Nous arrêtons le chauffage dans la nuit et le remettons au matin. Il fait 14° dans la cellule après une heure de chauffage. Petit déjeuner pris devant la lagune blanche qui est complètement gelée. Nous la surplombons d'une quinzaine de m. Nous pouvons voir le changement des formes et des couleurs qui s'opère sur la surface de l'eau encore gelée avec la montée du soleil.
Je sympathise avec un guide Bolivien. Il m'explique les pistes à surtout ne pas prendre pour aller au geysers. La cuisinière de la cabane, qui fait à manger pour les chauffeurs, nous offre des galettes de pain cuites à l'huile. Elles sont bourratives mais combien excellentes. L'huile encore tiède suinte entre nos doigts engourdis par le froid.
Nous laissons là ce beau monde et partons pour la lagune verte. Dans cette lagune se reflète le Licancabur, volcan que nous apercevions coté chilien. Pour arriver à cette lagune il faut traverser une petite rivière gelée. Elle est peu profonde, environ 60 cm mais je ne voudrai pas rester au beau milieu et avoir à descendre du véhicule, en petites chaussures dans l'eau froide, non merci.
La lagune est toujours agitée par un vent violent et les vagues donnent au bord du rivage, une épaisse couche de mousse où il est agréable de marcher. Nous sommes comme dans des œufs à la neige, nous ne voyons plus nos chaussures, seulement ici cette mousse est tout simplement du sel. Jocelyne joue avec cette écume. Ses gants et ses pantalons seront blancs de sel dans un instant.
Nous reprenons la piste du retour. Avec le GPS, même si ce n'est pas exactement par le même chemin, nous rejoignons toujours notre point. Sur certains passages il peut y avoir jusqu'à 200 m de différence avec la piste d'hier. Nous roulons allégrement à 80 Km/h à plus de 4500 m d'altitude. Un moment d'inattention, une pierre qui croise la piste, et hop une crevaison à l'arrière droit
De crever à 4500 m ce n'est rien mais de réparer c'est autre chose. Il faut quand même 40 mn avant de repartir. Chez Ferrari ou chez Renault ils ne me prendront pas comme mécano (Et encore je n'ai pas fait le plein). Nous repartons dans cette étendue entourée de superbes montagnes où paissent des vigognes.
Il est plus de 13 h lorsque nous nous arrêtons au bord de la route pour déjeuner. Nous sommes exactement à 4922 m. Cela ne nous coupe pas l'appétit. Nous avons a peine commencé de déjeuner lorsqu'une camionnette s'arrête à notre hauteur et klaxonne. Suis je mal garé? Non c'est le guide de ce matin qui me demande si je veux le suivre jusqu'aux geysers. C'est à 10 mn d'ici. J'arrive à le suivre, mais il passe dans des chemins qui sont un peu raides pour El Pitchi. Doucement nous passons les dévers. C'est ce que j'aime le moins, les dévers. Je n'aime pas cette impression de basculer. Sur un bateau l'équipage peut faire balancier en se mettant de l'autre coté, ici ce n'est pas possible. Le véhicule se balance. Si il part, je n'arriverai pas à le rattraper.
Nous sommes en bas de cette descente, à coté des geysers. Ils sont différents de ceux du Tatio, coté Chilien. Chaque creux laisse entrevoir de la boue qui forme des bulles et laisse échapper les gaz à l'odeur de soufre. Chaque excavation à une couleur différente qui passe du brun clair au gris perle. Les touristes sont partis depuis un petit moment et nous apprécions ces moments privilégiés où la nature n'est seulement que pour nous.
En chemin pour Uyuni nous nous arrêtons à San Cristobal. A midi nous déjeunons au marché dans un petit bouiboui tenu par une bolivienne bon teint. Un peu de riz, des pommes de terre et un morceau de viande en sauce pour O,50 € le plat.
Il y a une jeune Bolivienne qui nous demande si nous pouvons l'emmener à Uyuni. Jocelyne monte à l'arrière avec elle. Elles dialoguent durant tout le voyage, surtout Jocelyne. Nous laissons Yolanda chez ses parents.
22 / 05 / 05
Aujourd'hui dimanche c'est jour de marché. Le mélange des traditions, vieilles en costume traditionnel et jeunes en jeans et petit pulls, c'est sûrement cela la Bolivie moderne. Il y a des stands qui servent à manger de la soupe ou des pâtes avec du lama en sauce pour 0,50 € le plat. Pour nous ça nous va.
C'est en même temps une grande kermesse. Il y des camelots comme sur toute les foires. Ici nous avons l'impression de revenir il y 50 ans en France. Les lots à gagner aux tombolas sont des chiens ou des ours en plâtre, d'un kitch pas possible. Ne jugeons pas, j'en connais qui aiment encore cela aujourd'hui en France.
Lavage du Camping-car et graissage. Pendant ce temps, Jocelyne continue avec le planning familial. Une jeune maman avec un bébé de 2 mois lui demande des conseils, sur la contraception et tout ce qui concerne la maternité. Jocelyne est dans son élément à conseiller ces jeunes femmes intéressés.
Ce matin, à Pulacayo, village fantomatique, nous rencontrons une personne qui fait office d'assistance sociale. Nous lui remettons des cahiers, crayons et tout notre bazar. Eva connaît mieux les personnes du village nécessitant de l'aide.
Nous allons aussi au "musée" du chemin de fer. 4 locomotives sont entreposées dans ce terrain. C'est ici qu'est arrivée la première locomotive de Bolivie. Dans ce village minier vivaient 50000 habitants, aujourd'hui à peine 800 personnes survivent du travail de la mine. Nous sommes ici aussi car il y a le train que Butch Cassidy et Le Kid ont attaqué entre Uyuni et Pulacayo. Il est vrai que l'on ne prête qu'aux riches et je ne sais pas si Butch Cassidy a fait tout ce qu'on lui a imputé.
Le 24 / 05 / 05
Nous rentrons dans le salar d'Uyuni. 12000 Km2. Nous partons en direction de l'hôtel de sel. Les pistes ne sont pas trop difficiles à suivre. Il suffit de prendre la bonne depuis le départ. Le guide m'a expliqué qu'il fallait bien faire attention à l'entrée car il y a des passages où l'on s'enfonce. Bien sur il n'y pas qu'une trace. Il faut bien suivre les pistes car il y a "les yeux du salar" par endroits. Ces yeux, ce sont des trous dans la couche de sel, où l'on peut voir l'eau. Ils peuvent atteindre plus de 1 m de profondeur. Si vous passez dedans avec les roues, vous restez pris. C'est le seul risque vraiment important. De se perdre, il n'en est pas question, enfin m'a t-on dit car on peut voir ici ou la une voiture ou un camion au loin. Il vaut quand même mieux avoir des réserves, au cas où.
Première nuit contre l'hôtel. Il fait très froid. Il fait 2° dans la cellule. Le thermomètre se met en alerte lorsqu'il approche de zéro. Il n'arrête pas de biper. Je mets le chauffage.
Petit déjeuner sur l'immensité du salar. Réglage du moteur et nous partons en direction de l'île Incahuasi. C'est une colline de pierres au milieu de l'étendue blanche où poussent des cactus géants. C'est déjà tout écrit en Anglais et les prix vont avec. Nous déjeunons dans notre camping-car au pied des cactus.
Direction nord du salar pour arriver à Binto, petit village déserté. Le long de la piste nous voyons des formes géométriques dessinées par le vent. Nous prenons beaucoup de photos. Pour aller au village, il faut quitter le salar et passer dans une étendue d'eau qui sépare le sel de la terre ferme. J'espère que le fond est solide. Nous sommes passés sans encombre, sauf que le camping-car dégouline d'eau salée.
Une petite église est en-cours de restauration et nous avons une vue superbe sur le volcan Tunapa. 4 enfants viennent discuter avec nous. Ils ont les yeux brûlés par le sel et le soleil. Ici vivait une civilisation très avancée. Maintenant il ne reste que des ruines le long de cette rive au nord du salar.
Nous reprenons la direction de l'entrée du salar. Là le GPS sert car nous voulons être au coucher du soleil vers les personnes qui ramassent le sel. Nous fonçons sur la piste de sel à plus de 100 Km / heure.
Nous rencontrons un homme qui travaille ici depuis 50 ans. Il a commencé à 9 ans. Il faut 1 heure pour faire un monticule conique de sel de 500 Kg. Il est payé 2 € la tonne. Tout ce travail se fait encore avec une pioche et une pelle.
Il est habillé comme un cosmonaute. Des lunettes pour la réverbération, un passe montagne qui lui couvre le visage pour la chaleur durant la journée. Il le garde aussi le soir et le matin pour le froid. La respiration à cette altitude doit lui brûler les poumons. Il travaille sans gants, il a les mains tannées et insensibles. Travail de mineur en plein vent.
Le 25 / 05 / 05
La journée est consacrée au nettoyage de El Pitchi. Il est tout blanc de sel. Lavage, graissage et fumigation du dessous du châssis.
Nous sommes dans la grande rue d'Uyuni quand une personne en bicyclette s'approche du Camping. "Vous me reconnaissez, je suis Lucas". C'est un jeune Italien que nous avions rencontré à Trevelin dans le sud de la Patagonie. Il devait rejoindre, avec 2 amis, le Perito Moreno, à cheval. Ils ont vendu leurs chevaux à l'arrivée et maintenant il va faire le salar d'Uyuni à vélo. Bon courage.
Un camping-car italien lui aussi s'arrête à notre hauteur. Descend de sa "monture" Orson Welles. Grand et bien enrobé, la gueule du baroudeur, un homme s'approche du camping. Il parle italien, mais nous nous comprenons. Il y a 4 ans qu'ils sont partis d'Italie et ils ont descendu toute l'Afrique. Nous discutons un bon moment et nous nous donnons Rv à Cuzco pour la fête du Soleil le 24 juin.
Le 26 / 05 / 05
Départ vers le nord, direction Oruro. Nous voulons passer par Chipaya. C'est un village d'indiens, qui n'aiment pas les étrangers. Raison de plus pour nous, de faire le détour. Bien sur nous ne voulons pas nous rendre à Chipaya par la route la plus facile. Ce sont des pistes qui nous attendent où le nom "champ de labour" est un doux euphémisme. Nous passons par Orinoca. Nous nous sommes égarés par des pistes de traverse. Des ornières des camions, des tranchées, des creux, des montagnes de sable sont le lot de la journée. Nous passons dans des villages sans noms, des noms sans villages et des villages sans personne. Après 160 Km en 6 heures nous arrivons dans un petit village de 40 habitants. Je me moque de comment il s'appelle celui là. Nous couchons sur la place du village. La place est un carré d'herbe brûlé avec un plot en son centre.
Le 27 / 05 / 05
Nous prenons le petit déjeuner face à la petite église de Lamarpala, dans le calme. Seul un chant de coq et un chien qui lui répond, perturbent la tranquillité de cet endroit. Il est bientôt 9 heure et nous allons partir. Un troupeau de lamas arrive vers une maison de pisé. Les lamas ne sont pas trop peureux. Nous pouvons entendre le chant des bêtes. Pour ma part je trouve que cela ressemble à un gémissement. Jocelyne préfère entendre cela comme un chant. Les paysans vont en tuer 4 pour les vendre. Nous allons parler avec le propriétaire pour pouvoir filmer. Pas de problème. Il nous invite même avec un jus de fruit. La grand mère veut que Jocelyne la soigne. Elle est sourde. En plus elle est difficile à comprendre car elle parle en mélangeant espagnol et Aymara.
Nous achetons un moutons pour 80 Bolivianos, environ 8 €. Je le découpe et laisse les parties de la viande qui ne rentrent pas dans le frigo à Victor. Une poignée de mains et l'affaire est dans le sac, en nylon.
La cloche de l'église retentit. C'est la maîtresse de l'école qui sonne la rentrée de sa classe. Il y a 15 élèves. Avant de rentrer en classe, elle leur prépare une soupe avec beaucoup d'eau et une galette de pain cuite à l'huile. Nous assistons un petit moment au cours. Nous donnons cahiers, gommes, crayons et craies. Balles de tennis pour les garçons et une corde à sauter pour les filles. La maîtresse est ravie. Les enfants sont très timides et il est difficile de savoir ce qu'ils pensent.
Nous reprenons la route pour Chipaya. Nous demandons 250 fois notre route. Les personnes rencontrées qui gardent les lamas, nous disent à chaque fois que c'est tout droit. Les boliviens, même ne sachant pas, vous répondrons pour ne pas vous décevoir. Un jeune couple qui gardent un troupeau de 200 lamas nous confirme que les lamas chantent en se relayant. Il est difficile de les enregistrer car dés qu'on les approche ils s'arrêtent.
Nous rencontrons nos premières maisons rondes en terre. Nous pouvons nous croire en Afrique pour les cases et en Mongolie pour la désolation du terrain environnant. Nous arrivons dans un petit hameau. J'en profite pour faire le plein d'eau. Nous prenons la direction de la meilleure piste qui s'offre devant nous. 18 h nous arrivons dans un village. Où sommes nous? Je demande à une personne sur le bord de la piste. Vous êtes à Belen de Andamarca. C'est pas vrai!! Nous avons fait 80 Km en un peu plus de 4 heures et nous sommes simplement à l'opposé de notre point de départ d'hier au soir.
La piste a été très éprouvante pour les bras et les nerfs et nous avons même pas la satisfaction d'être à Chipaya. Un peu de lassitude s'installe dans le camping-car ce soir. La nuit porte conseil et nous verrons demain matin.
Le 28 / 05 / 05
Ce matin sur la place des personnes viennent nous trouver pour discuter. Je refixe la batterie avec une sangle car le bras de maintien a cassé. Je demande la piste pour Chipaya. Un monsieur rencontré sur la place m'emmène chez une autre personne du village qui connaît bien la piste que l'on veut prendre. Je fais avec lui un plan de mon itinéraire avec un maximum de renseignements. Cela prend environ 1 heure. Nous sommes tous les deux assis sur un banc face au soleil matinal qui commence à bien nous réchauffer. Sa femme est en face de nous à 6 m, vers le fourneau, dans la cour. Elle est accroupie face aux casseroles. Elle brasse sa "soupe" et en même temps elle fait ses besoins avec un naturel à vous couper le souffle. Le mari lui parle normalement. Moi j'essaye de me concentrer sur mon plan.
10 heure c'est le départ. Chemin de sable, ornières, route coupée emportée par les eaux seront le lot de la journée. Nous passons dans des petits bras d'eau qui sont assez profonds. Décidément ce village ne veux pas de nous. Jusqu'à l'arrivée nous allons nous enquiquiner. A un moment donné la piste est si mauvaise que nous faisons demi tour pour en prendre une autre. L'autre piste est encore plus pourrie. Nous avons la chance de rencontrer un jeune homme à vélo. Nous lui demandons la piste pour Chipaya. C'est celle que vous venez de quitter, nous dit-il. Demi tour et nous repartons sur les 10 Km que nous venons de faire. Je commence à en avoir mare de cette merde de piste. Que celui qui a fait cette piste m'écrive. En tout cas ne pas faire cette piste par temps de pluie, sous aucun prétexte. C'est le "plantage" assuré.
Le village avec ses constructions rondes en terre est visible de loin. Les maisons de terre ressemblent un peu aux cases d'Afrique. Au Bénin il y a ce genre de constructions.
Nous arrivons enfin à Chipaya. Nous achetons du pain et des tomates. Les hommes discutent encore un peu avec nous mais les femmes nous ignorent. Nous sentons leur indifférence et même un peu de leur hostilité. Ils ne comprennent pas pourquoi nous venons ici. Une ou deux personnes viennent nous demander d'où nous sommes, pourquoi passons nous ici, qu'est-ce que nous voulons. Ils nous demandent souvent si nous faisons partie d'un organisme ou d'une secte quelconque. Ils nous parlent, puis tout à coup ils nous laissent tomber. Ils manquent d'intérêt pour l'échange. C'est vrai que les indiens sont différents de nous dans leur comportement.
Dans ce village, ce qui est vraiment flagrant, c'est que toutes les gamines pubères sont systématiquement écartées de notre route. Je sens que l'influence des hommes est très forte. Elles se cachent et nous observent. Je ne sais pas si ce village est sous le même régime que certains autres pays? La virginité des filles est elle réservée au père ou à l'oncle ? Les mariages arrangés sont encore monnaie courante et les jeunes viennent voler les jeunes filles.
Seules certaines femmes, déjà mariées, viendrons écouter nos échanges avec leurs hommes. Elles ne parlerons qu'Aymara entre elles. Nous voyons leurs beaux costumes mais ils est bien sur impossible de faire une seule photo. Nous quittons le village un peu frustrés. Tant de Km pour rien. Le guide de Uyuni nous avait expliqué que sans les prévenir les personnes étaient habillées simplement. Elles se déguisent pour les cars de touristes qui viennent d'Oruro. Dollar quand tu nous tiens!!!
Nous aurons eu la chance dans nos détours dans la campagne environnante de voir encore des personnes habillées sans déguisement pour le touriste. Encore un peu d'authenticité.
Il est déjà tard et nous ne voulons pas dormir sur la place de Chipaya. 15 Km plus loin nous arrêtons vers des "cases" abandonnées pour passer la nuit. Ces maisons servent pour les locaux lors des visites des touristes. 2 poules et 2 lamas sont en liberté autour des maisons.
Nous savons qu'il y a des grèves dans les grandes villes et que les grévistes barrent les routes. Nous essayons de ruser et de passer par les chemins de campagne. C'est vraiment du sport. Nous voulons aller à Cochabamba. Les camionneurs rencontrés nous disent qu'il y a 3 barrages pour arriver à bon port.
Repas sur le bord de la route dans une guinguette. Une soupe avec un morceau de lama pour 1,5 € pour les 2. Vu la clarté de la soupe nous allons pas augmenter notre taux de cholestérol.
Après une longue discussion avec les camionneurs, nous décidons de rebrousser chemin, direction La Paz. Chaque 200 m, il y a des chiens couchés sur le bord de la route goudronnée. Nous avons l'impression qu'ils attendent sagement quelque chose. Les camionneurs qui passent en effet leur donnent à manger. C'est pour leur porter chance pour la montée dangereuse.
Avant Caracollo nous passons par les champs pour éviter les grévistes. On nous a prévenu que si nous essayions de passer ils nous tireraient des pierres. Des illettrés avec des pierres sont ils plus dangereux que ceux de la Sorbonne avec les pavés de 68 ? Nous entendons à la radio que les grévistes sont pacifiques, mais à les voir sur place nous n'en sommes pas certains. Nous décidons de quitter la Bolivie et de partir sur le Pérou. Le seul problème, c'est que pour aller au Pérou il faut passer par La Paz qui est à 220 Km. Le blocage la bas y est pire qu'ailleurs. Nous tentons de passer par Colquiri, Quime , Inquisivi, Circuata, Chulumani, Coroico.
Si vous essayez de vous imaginer la cordillère dans cette région, vous en êtes encore très loin. La cordillère Royale est la plus haute chaîne de Bolivie et la plus escarpée du massif andin. Je spécifie, c'est où la Bolivie a ses frontières avec les nuages.
Pistes sans fin qui suivent à flanc de montagne, descendent de 4620 à 2020 pour remonter à 3800 et redescendre à 1820 m. Sur la piste vous avez l'ivresse des sommets et le vertige des profondeurs lorsque vous regardez en bas. Ce n'est rien de le décrire mais c'est de le vivre. Nous voyons le village que nous allons rejoindre sur le versant opposé. Il nous faut faire parfois plus de 50 Km pour arriver à ce village. 250 Km en un peu plus de 15 heures. Bonne moyenne.
Après une nuit à plus de 4000 m, nous laissons les lamas chantants et nous passons sur l'autre versant de la montagne où se cultive la coca. Du froid nous retrouvons les avantages de la chaleur. C'est le sud de la jungle. Moustiques, serpent qui traverse la piste, opossum sur le bas coté, foret dense, culture des bananes et oranges. Les montagnes sont joliment rapiécées par des morceaux de terre cultivée jusqu'à leurs sommets. Cela passe du morceau brun avant plantation de la coca au vert de la récolte. Nous ne savons pas combien rapporte la vente des feuilles de coca, mais nous croisons des villages avec des bâtisses de riches propriétaires. La marque la plus renommée et la plus répandue des feuilles de coca, c'est Cola. Vous connaissez tous bien sur la coca Cola. Boff.
Les pistes sont étroites par endroit; moins de 3 m de large. Nous avons la chance avec les grèves de ne croiser qu'un camion. La règle sur ces routes est que les véhicules circulent sur la gauche. Celui qui est montant le long du ravin doit obligatoirement rouler à gauche en rasant la montagne et laisser le véhicule descendant passer près du ravin. C'est logique, c'est le chauffeur qui voit mieux ses roues par rapport au ravin qui prend le plus de risques. Il peut mieux contrôler son véhicule par rapport au précipice. Certains a-pic sont de plus de 1000 m. Nous avons eu la chance de croiser ce camion dans une portion assez large.
Nous arrivons à Coroico. Nous poussons un ouf de soulagement et un Cocorico de bonheur. Les renseignements que nous glanons sont contradictoires. Il est difficile de se faire une idée sur la situation des grèves. Nous écoutons la radio. Ils annoncent des barrages pour le nord de la Bolivie pour la semaine prochaine. L'accès au Brésil sera fermé dans les jours qui viennent. La décision est alors de se rendre à La Paz. Nous étions à 223 Km de La Paz il y a 5 jours. Nous avons fait 450 Km, par des pistes affreuses, pour nous retrouver à 90 Km de La Paz dans la même situation. Bloqués.
Nous empruntons la route de Coroico à la Paz. C'est la route la plus dangereuse du monde. Il y a 1 mort chaque semaine. Les a-pic sont vertigineux de plus de 1200 m. Il faut rouler à gauche. Je ne fait pas trop confiance aux autres. Nous avons de la "chance" car le ravin est sur ma droite. Donc je suis prioritaire pour me mettre contre la paroi. Je laisse les descendants se coller contre le ravin. Si vous rencontrez Jocelyne vous lui demanderez l'effet que cela fait de faire la montée du coté du vide sur une chaussée défoncée par endroits, avec des croix qui jalonnent la piste et la montagne qui fait un tunnel de verdure qui s'égoutte sur votre pare-brise. En plus il y a des pancartes qui signalent "Chute de pierres". Qu'est ce qu'est venu foutre Pierre ici.
La tension est grande et il faut que le trop plein sorte. C'est l'engueulade parce que Jocelyne en a mare de cette montagne. Elle en a après les grévistes et c'est moi qui ramasse. Pour ma part il faut en sortir et essayer de garder son calme, mais je suis comme Jocelyne, un peu tendu. Ce que je crains le plus c'est que la route s'effondre sous le poids du camping-car. C'est ma hantise, car nous avons déjà vu des affaissements du sol dans des montagnes. Quand c'est 5 m de vide ça doit déjà faire bizarre de tomber, mais avec plus de 1000 m, t'as le temps de penser à beaucoup de choses. au courrier que tu devais faire, aux impôts que tu dois payer, etc.……
La petite crise passée, le calme revient dans la cabine. Ca fait du bien parfois que le couvercle explose. Il faut dire que ce matin, dans la même situation, un camion qui venait vite au milieu de la piste nous est rentré dedans. Le pare-buffle qui fait un peu m'as-tu vu, un peu prétentieux en France a été d'une très grande efficacité. El Pitchi n'a pas bronché. Il ressort avec un peu de peinture rouge sur son pare-choc quant à celui du camion, il est enfoncé. D'accord c'était en fin de course, mais il n'en finissait pas de ne pas s'arrêter.
La piste par endroit ne laisse de la place que pour le passage d'une fourgonnette. Nous croisons au maximum 10 véhicules et c'est largement suffisant. Il se fait tard. Le soleil se couche. La brume des 3000m monte. Il faut en plus mettre les anti-brouillards. Des oiseaux charognards sont sur le bord du chemin. Pour détendre l'atmosphère je dis à Jocelyne : ils sont là et ils attendent les camions où les cars qui tombent dans le ravin. Ils n'aiment pas manger froid. Je sais c'est d'un goût douteux mais il faut faire diversion et c'est peut être aussi pour me rassurer.
Il est 18 heure et la nuit tombe. Nous avons la chance d'arriver sur un terre plein, sans montagne qui s'égoutte d'un coté ni de falaise de l'autre. Sans se concerter la décision est prise de nous arrêter pour passer la nuit. Nous nous mettons derrière des baraques, vers des cochons. Peu importe si ils ronflent cette nuit, mais plutôt que de faire la fin de route dans la brume jusqu'à La Paz, il n'y a pas photo. Le hameau de Chuspipata nous recevra pour cette nuit.
Nos vemos mas tarde, peut être !!!
Bilan de santé :
Le camion : le support et une batterie à changer. 2ème crevaison
Pour Jocelyne : RAS
Pour moi : Mal aux reins et épaules.
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